Les villas et leurs architectes


L'évolution de l'habitat villennois,
des masures des paysans aux villas de vacances

"Villanas super Sequana"

Selon les résultats de nos recherches, le nom de Villennes proviendrait du mot latin "villanas" qui désignait de petites masures avec un lopin de terre, dont les habitants étaient dans un état proche du servage aux Xe et XIe siècles. Il n'y a aucune trace d'une villa gallo-romaine qui aurait formé le nom du village, comme l'affirmaient les premiers historiens de Villennes.

Bien plus tard, à partir de la fin du XIXe siècle, des villas ont été construites, dans notre commmune, par des Parisiens fortunés pour y résider pendant la belle saison.

Villas cossues et toiles de tentes

Notre village est alors devenu le lieu de villégiature de nombreux habitants de la capitale, qui pouvaient y accéder facilement par le train, depuis que la station du chemin de fer était devenue une gare en 1896, accueillant déjà 200 000 voyageurs par an, puis a été remplacée par une nouvelle gare en 1911.

Sa population, qui a évolué de 906 à 1150 habitants entre 1913 et 1917, doublait pendant la belle saison. De riches Parisiens construisent de belles villas : d'abord dans le parc du château, vendu par lots à partir de 1893, dans la prairie de la Nourrée, puis dans le Bois des Falaises et dans l'Île de Villennes, lotis respectivement à partir de 1908 et 1913.

D'autres y vinrent passer les fins de semaine, pour profiter du cadre, canoter et pêcher, déjeuner dans l'un des sept restaurants : deux sur la Place de l'Eglise, les autres en bord de Seine.

L'Île de Platais est restée "naturelle" et accessible uniquement par bateau. À partir de 1927, le domaine de Physiopolis accueillait en été une nouvelle population, logée sous des toiles de tentes, qui ont été remplacées en 1937 par de petits bungalows.

La station estivale

En 1925, le Conseil municipal a émis le vœu que la commune de Villennes-sur-Seine soit classée comme station estivale, "en raison de la transformation complète de cette localité qui est devenue un centre de villégiature". Le préfet a accepté le classement comme station de tourisme, qui permettait de percevoir uniquement la taxe de séjour.

Un Syndicat d'Initiative, fondé en 1909, était très actif pour embellir le village et défendre les intérêts des habitants. Les cartes postales de l'époque nous montrent les attraits du village (le Sophora, la grotte, les bords de Seine) et les loisirs des "touristes" et des vacanciers.

Les villas de Villennes

Localisation des anciennes villas

Noms des villas du bord de Seine

« Villa Normande », « Simple Abri » : deux des noms des maisons construites en bord de Seine, dans les années 1920, résument leur diversité.

Voici les noms des résidences secondaires des propriétaires de bateaux en 1927 :

Les Bigochets, Les Capucines, La Cigale, Le Potager, La Frisonnière, L'Ombrée, Les Lizerons, La Florida, La Roseraie, Riant Abri, Les Chèvrefeuilles, L'Ensoleillée, La Verdurette, Primerose, Les Marguerites, Les Titis, Le Pélican, Bon Port, La Brise, Doux Abri, Les Charmettes, Sam Suffit, Villa Normande, Les Ormeaux, Les Rossignols, Le Caprice, Le Rêve, Maison de Poupée, Les Jonquilles, Les Prunus, La Rosine, Les Saules, Mon Rivage, Mon Petit Clos, La Pêcherie, Le Vieux Moulin, L'Ile du Rêve, River Side Cottage, La Marjolaine, Simple Abri, La Pagode, Casamena, Coin Joly, L'Etape, Les Cytises, Esker Ono, Bouton d'Or, Toi et Moi, Les Roses, Clos Normand, Les Boules Blanches, Rosendaël, Daisy, Ramunsko, Patte Mouille, Thé Galbes, Oui Kend, Les Remous, Casteljaloux, Wetfeet, Chalet Turquoise, Le Rouet, La Fileuse, Le Jardin, Le Vieux Puits, L'Ondine.

En flânant sur les chemins longeant la Seine, vous pourrez retrouver certains de ces noms.

Les architectes des villas

Au fur et à mesure que nous étudions l'histoire des villas de Villennes, nous complétons ce chapitre sur les architectes qui les ont construites.

Jules Suffit (1831 - 1895)

Livre des architectes des Beaux-Arts

Eugène Jules Philippe Suffit, né à Sully-sur-Loire (Loiret), a fait partie de la promotion 1854 de l'École des Beaux-Arts, où il a été l'élève de Garnaud.

Il a réalisé des maisons à Pointe-à-Pitre, des châteaux, des villas, des hôtels et des constructions particulières à Paris.

Il s'est associé avec Louis Albert Octave Courtois-Suffit (1856-1902), qui a fait partie de la promotion 1871-72 de l'École des Beaux-Arts. À sa naissance, il avait été autorisé par décret présidentiel à ajouter le nom "Suffit" à son patronyme.

Notice nécrologique de Jules Suffit

La notice nécrologique de Jules Suffit, publiée le 10/2/1895, par Le Journal des artistes.

Ses constructions villennoises

Cet architecte est connu à Villennes pour avoir construit la Villa de la Nourrée pour le Docteur Emile Magitot. Celle-ci devint l'Hostellerie de la Nourrée puis le Country-Club de la Nourrée, connu également sous le nom d'Eden Roc. Ce bâtiment a été démoli en 1970.

Villa Nourrée en 1907
Plan élévation villa Nourrée

Jules Suffit ne réalisa pas complètement son projet initial.

Il réduisit la hauteur de la villa, rendit les volumes symétriques, et simplifia les toitures et le porche.

Plan villa la Nourrée

Il a, également, réalisé à Villennes ce bâtiment plus modeste, que nous nous n'avons pas localisé.

Ce petit pavillon se trouvait peut-être sur un terrain de la rue de Poissy qu'il possédait ou plutôt au bord de la Seine. L'aurait-il bâti pour son usage lorsqu'il venait suivre la construction de la Villa de la Nourrée ?

Jules Suffit n'est pas l'auteur de la villa Sam Suffit, construite au bord de la Seine !

Ses activités parisiennes

Lorsqu'il a réalisé des constructions, dont une galerie vitrée, pour une maréchallerie en 1889 et apporté des modifications aux magasins de M. Guilhem aîné, 28 rue de la Gaité, en 1893, son cabinet était situé 29-31 rue de Chabrol. Il était alors associé avec Octave Courtois-Suffit.

Brevet Jules Suffit

Source : Bulletin des lois de la République française)

Jules Suffit a déposé, en 1858, un brevet pour un instrument de mesure des pentes. Son cabinet se trouvait alors carrefour de l'Odéon.

Émile Hurtré (1870 - ?)

Immeuble Emile Hurtré

Né à Nice, Émile Alfred Hurtré a été l'élève de Victor Laloux à l'École Nationale et Spéciale des Beaux-Arts (promotion 1889).

Sa carrière semble assez courte mais il eut le temps de construire, à Villennes, la villa Bon Accueil pour Henri Guillaume, qui dirigeait l'hôtel Langham à Paris.

Cet architecte ne participa qu'une seule fois au Salon des Artistes français, en 1898, présentant un "Projet de salle à manger" en fer flexueuse, combinée avec une décoration de panneau en céramique.

Le restaurant de l'Hôtel Langham

Verrière de l'Hôtel Langham

En 1896, il avait confié à ce jeune architecte talentueux et au peintre Wielhorski l'aménagement de la salle à manger de l'hôtel. Tombé dans l'oubli, ce magnifique décor, ayant subi les outrages du temps, est apparu en 1978 à travers la brèche dans le mur de la réserve d'un restaurant anonyme en travaux. Cette salle a été inscrite, cinq ans plus tard, à l'inventaire des monuments historiques.

Restaurant de l'Hôtel Langham
La Fermette-Marbeuf

Le restaurant La Fermette Marbeuf s'était installé au rez-de-chauuée de cet ancien hôtel.

Le décor d'exception y avait été restauré et remonté. Cliquez ici pour en savoir plus.

Voici sa description, dans la revue La construction moderne, en mars 1898 :

De la lumière à flots ; une claire tonalité dans le décor peint, céramique ou vitré ; des formes originales, en rupture de tradition, d'imitation ou de reproduction des styles historiques : "l'art nouveau", voilà le succès du jour ; voilà ce qu'on demande aux jeunes, et ce qu'on voudrait même pouvoir obtenir des vieux ; voilà ce qu'ont cherché MM. Hurtré et Wielharski, deux jeunes, en bâtissant et décorant, de toutes pièces et en quelques semaines, une sorte de halle en fer, fonte, vitrage et faïence émaillée, devant servir de salle à manger en un restaurant de la rue Boccador, établissement à clientèle exotique, situé non loin des Champs-Elysées. Une étroite cour intérieure, entourée de bâtiments sur un plan assez biscornu, était l'emplacement resté disponible pour y élever ce pavillon vitré, dont les parois extérieures devaient forcément avoisiner, et de très près, les murs des bâtiments de service entourant ladite cour.

Donner donc à ce hall, éclairé seulement par son comble, un aspect lumineux, engageant, amusant, inédit, quelque chose d'un portique léger ouvert de tous côtés sur de riants décors, et cela entre quelques pans de vieux murs, laissant découvert l'espace d'une petite cour de service : tel était le gentil programme d'esquisse à réaliser. L'ensemble de ce pavilion se compose d'une charpente ou ossature métallique : colonnettes en fonte, creuses, avec chapiteaux en forme le vases à la panse ajourée ; frises et arcs en fonte ou en tôle ; linteaux et meneaux en fers à I ou à T ; chéneaux en fer et tôle, formant ceinture et sablières du comble sans entraits ; crête en tôle découpée pour décorer la base du vitrage et adoucir la transition du plein au vide ; même procédé au remplissage décoratif entre les arbalétriers jumeaux sur les pans coupés ; enfin, comble porté par un mur mince de briques, que doublent intérieurement des panneaux de verre ou de faïence émaillée ; et cette doublure aux tons clairs, dans une harmonie "vert d'eau", donnant une sensation de fralcheur "oasistique". En effet, les grands panneaux rectangulaires compris, sous les impostes des arcades, entre les montants fixes métalliques ou meneaux, ces panneaux de gros verre non transparent, dit "cathédrale", émaillé des deux côtés, à reliefs très saillants pour le décor, ces verrières forment ici revêtement opaque, tout comme il en serait de panneaux en faïence, si ces dimensions étaient possibles en céramique, sans risque de déformation au four.

Les frises (iris) et les impostes (paons à la roue épanouie) sous forme de petits carreaux, de dimensions ordinaires, en faïence émaillée ; de même pour les calebasses courant au pourtour intérieur du chéneau. Le vitrage du comble est composé de feuilles de verre double courbé à la demande et décoré, par peinture sur verre, de branchages et rameaux dans le goût un peu japonais, aujourd'hui en faveur. En outre des détails d'exécution fournis par l'architecte pour la structure métallique du pavillion, des "cartons" dessinés et peints à grandeur d'exécution ont été fournis par l'architecte et son collaboraleur, le peintre, pour l'exécution des verres peints et des faïences émaillées. Et voilà, au moins en ce qui concerne l'exécution, et à part quelques détails, un morceau qu'on peut bien étiqueter "art nouveau".

E. RIVOALEN

Ce restaurant est devenu, en 2018, un établissement de l'enseigne Beefbar.

La Fermette-Marbeuf

Projet d'hospice de vieillards (1894)

Lorsqu'il était encore élève de l'Ecole des Beaux-Arts, Emile Hurtré a obtenu un prix (première médaille sur 77 projets rendus) dans un concours de projets d'hospice pour vieillards.

La revue La Construction moderne a publié l'appréciation suivante dans son numéro de novembre 1894 :

Certes, c'est un projet grandiose, bien au delà de ce qu'il faut espérer pour les vieux jours des hospitalisés ; c'est un projet d'école ; mais au moins est-il en bonnes proportions et simple dans sa magnificence. Qui peut le plus peut le moins.

La villa villennoise Bon Accueil

La villa Bon Accueil possède toujours sa façade triangulaire originale, mais elle a perdu son clocheton.

Cliquez sur la photo pour voir son aspect actuel ainsi que les plans d'Emile Hurtré !

Émile Hurtré a bâti la maison en meulière et brique de Vaugirard, les planchers étant en fers, les cheminées en faïence. De la rue rue, la maison semble assez petite. En fait, un niveau inférieur, donne accès au jardin. Malgré une extension et divers remaniements, nous retrouvons aujourd'hui la forme générale de la villa.

Lucien Desnues (1862 - 1941)

Signature Lucien Desnues

Architecte, Lucien Eugène Jules Desnues a eu de nombreuses activités.

Membre de la Société des amis des monuments parisiens, il a fait partie de la commission des Perspectives monumentales de Paris.

Portrait de Lucien Desnues

Sa villa villennoise

Il était propriétaire de la villa L'Orangerie de l'avenue Georges Clemenceau, devenue Les Bambins.

Villa Les Bambins

Sa réalisation municipale

Il a été chargé par le conseil municipal de construire vers 1906, le presbytère,  qui présente une façade équilibrée et élégante.

Façade du presbytère
Article Gil Blas sur Desnues

Jeune architecte, il avait aménagé la demeure parisienne de Mme Gordon pour y installer une salle de théâtre, avec des murs entièrement couverts de glaces.

Un homme aux distinctions internationales

Ordre de la couronne

Officier de l'ordre de la couronne (Belgique)

En 1922, il était architecte en chef de la ville de Paris. Il a travaillé dans divers autres pays, où des décorations lui ont été décernées :


Ordre de Saint-Olav

Commandeur de l'ordre de Saint-Olav (Norvège)

Ordre d'Isabelle la Catholique

Chevalier de l'Ordre royal d'Isabelle (Espagne)

Ordre du lion blanc

Chevalier de l'Ordre du lion blanc (Tchécoslovaquie)

Le promoteur du sport

Lucien Desnues a été vice-président du Comité National des Sports et Trésorier Général du Comité Olympique Français lors des Jeux Olympiques de Paris en 1924, pour lesquels il était l'architecte-conseil.

Affiche JO 1924 1 Affiche JO 1924 2 Portrait comité JO

Le promoteur de la chasse

Co-auteur du livre La chasse en France, il a, également, été l'un des dirigeants majeurs du Saint-Hubert Club de France.

Saint Hubert Club La chasse en France

Le capitaine pendant la guerre

Médaille Légion d'honneur
Camp de prisonniers

Lucien Desnues a été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1916 pour bravoure en tant que capitaine du 9e Régiment territorial d'infanterie (où il s'illustra en construisant un camp de prisonniers).

Historique 9RT

L'un des organisateurs de l'Exposition coloniale

Expo Coloniale 1

Il fut élevé au grade d'officier après l'Exposition coloniale de Paris en 1931.

Expo Coloniale 2

Louis Granet (1852 - 1935)

Il a construit en 1901, pour Léon Francq, les dépendances de sa villa Le Manoir : une écurie, une remise et une sellerie, une serre et la maison du jardinier et du concierge.

Né d'un père savetier dans le Puy-de-Dôme, admis en 1870 à l'Ecole des Beaux-arts de Paris, il a exercé surtout à Paris et à Maisons-Laffitte.

Théophile Bourgeois (1858 - 1930) et ses fils

Cet architecte de Poissy a construit de nombreux bâtiments dans sa ville et dans les environs. Les informations, qui suivent, sont extraites de la base de données Archidoc du Ministère de la culture et d'extraits d'une étude menée par Erwan Tourmen dans le cadre d'un DEUG d'Histoire de l'Art, publiés dans le N° 36 de la revue CHRONOS-POISSY du Cercle d'Etudes Historiques et Archéologiques de Poissy, à l'automne 1997.

Son existence

Théophile Bourgeois est né à Clichy en 1858. Son épouse Marie Christophe lui a donné trois enfants : deux fils et une fille. Lucien et Paul Edmond sont devenus, également, architectes et ont pris sa succession.

Il est décédé à Poissy en novembre 1930.

Sa résidence de Poissy : une carte de visite monumentale

Il a construit quatre villas avenue Émile Zola à Poissy, dont la première servait de d'atelier et de modèle d'exposition technique pour ses clients.

Les quatre premières maisons de l'avenue Emile Zola (ancienne avenue de Migneaux, se prolongeant par le chemin du bord de Seine conduisant à Villennes) ont été construites par Théophile Bourgeois pour son usage et celui de sa famille.

La première, qualifiée par lui d'hôtel, bâtie en 1894 à l'angle de l'avenue Meissonier et richement décorée, abritait sa demeure et son atelier.

Associant différents styles (encadrements gothiques, frontons Renaissance, pignons en pans de ciment anglo-normands, assises alternées de brique et de pierre, ...), elle servait également de vitrine technique, exposant les différents styles qu'il proposait à ses clients.

Les autres bâtisses, construites dans la quinzaine d'années suivante, montrent son évolution, annonçant l'art nouveau d'Hector Guimard avec lequel il a été probablement en relation, ainsi que de nouveaux modes de construction, dont certains propres à la région (notamment, l'utilisation de la pierre meulière).

La Direction du Patrimoine des Yvelines a décrit ainsi cette maison d'architecte dans son ouvrage Poissy, cité d'art, d'histoire et d'industrie et sur son site Internet :

En 1893, Théophile Bourgeois (1858-1930), architecte particulièrement actif dans la construction de maisons de villégiature en région parisienne mais aussi dans toute la France, dessine les plans de sa propre résidence à Poissy.

Dans son ouvrage "La villa moderne", catalogue de ses productions publié vers 1910, elle figure en première page sous le nom "hôtel de monsieur Bourgeois". À la différence d'une maison de campagne ou de villégiature que l'on dénomme à l'époque le plus souvent "villa", elle n'est pas construite dans un vaste jardin mais se trouve enchâssée sur une petite parcelle d'angle entre la voie ferrée, l'avenue Meissonier et l'avenue Émile-Zola. Visible de tous, c'est une véritable carte de visite des savoirs-faire de l'architecte.

Les matériaux des façades, hormis la meulière, sont ceux de l'architecture néo-normande de la fin du XIXe siècle, celle de nombre de stations balnéaires de la côte picarde ou normande où travaillait également l'architecte : pans de bois hourdés, jeux de brique et pierre en damier et en assises alternées, toits à nombreux décrochements. Complétant la richesse de l'ensemble, la sculpture est présente dans les carrés des métopes sous les toits et sur plusieurs encadrements de baies. Raffinement que Bourgeois utilise assez fréquemment sur les façades de ses villas, le côté est de la tour est orné d'un cadran solaire ici surmonté de la maxime "L'ombre partage le jour".

Enfin, dernier détail et clin d'œil au monde médiéval qu'affectionne Bourgeois, une enseigne en ferronnerie est placée sur le pan coupé au-dessus de l'entrée de son cabinet d'architecte. Dans le prolongement de la maison familiale, en 1901, Théophile Bourgeois construit un ensemble de trois maisons mitoyennes à l'usage de ses fils, Lucien et Paul-Edmond qui, architectes à leur tour prendront sa succession, et de sa fille Suzanne-Léo.

Huit ans plus tard, il change de style et abandonne l'historicisme de la fin du XIXe siècle pour une architecture plus moderne dans l'esprit de l'Art nouveau alors en vogue. Bourgeois délaisse ici l'association de la brique et du pan de bois pour utiliser essentiellement de la meulière, juste rehaussée de briques et de pierres dans les jeux ornementaux.

Ses diverses réalisations : bâtiments public et villégiatures

Les œuvres de Théophile Bourgeois se rencontrent en Île-de-France ainsi qu'en Normandie, dans le Sud-Ouest et en Algérie. Il était l'auteur de nombreuses villas, de la fin du XIXe siècle au début du siècle suivant, dans des stations renommées : Houlgate, Villers-sur-mer, Etretat, Dinard, Mers-les-Bains, Monte-Carlo.

Il a remporté 42 prix dans les concours publics dont 13 premiers prix pour des projets réalisés (groupes scolaires, halles, ...) et 4 médailles.

A Poissy

Dans cette ville, dont il a été l'architecte communal, il a construit plusieurs immeubles, la poste (qui a ensuite été transformée en cinéma), des égouts, des abattoirs, plusieurs écoles, un kiosque, l'usine des automobiles Poncin-Grégoire. Il a également bâti des extensions du château de Villiers, des maisons de rapport, des villas, un hôtel.

Dans les environs

A Achères : buffet-restaurant ; à Carrières-sous-Poissy : villa et restauration/agrandissement du château de Champfleury ; à Chambourcy : agrandissement de propriété ; à Conflans-Sainte-Honorine : restauration du château de la famille Gévelot, où se trouve aujourd'hui le Musée de la Batellerie ; à Triel : villas ...

Ses villas de Villennes

De nombreux propriétaires villennois firent appel à ses services. Plusieurs de ses créations figurent dans son catalogue d'architecture La villa moderne, publié vers 1910.

Cliquez sur l'image pour voir le diaporama !

Les villas villennoises de Théophile Bourgeois, image 1

Descriptif technique, par Théophile Bourgeois, de communs construits à Villennes

Dessin communs Bourgeois
Distribution.

Rez-de-chaussée : Ecurie, remise, vestibule, salle commune, caveau sous l'escalier, abri pour les voitures.
- Premier étage : Deux chambres et grenier.

Construction.

Les fondations sont en béton de cailloux ; les murs du soubassement sont en meulière brute, posée en opus incertum, avec joints en ciment ; les façades sont en brique rouge et blanche, avec joints en chaux et grès. La partie en pans de bois est faite en plâtre, peinte à l'huile trois couches, avec mouchetis tyrolien. Tête de cheminée en brique et ciment ; les refends sont en brique, enduits de plâtre. Le vestibule et la salle sont carrelés en carreaux rouges ; la remise est dallée en ciment ; l'écurie est pavée.
La couverture est en petite tuile à emboîtement ; les gouttières, tuyaux de descente et les raccords de couverture sont en zinc n° 12.

Tous les parquets sont en sapin rouge. Les planchers, la charpente du comble, auvents, escalier intérieur, la menuiserie sont en sapin.
La cheminée de la salle est en brique.
La quincaillerie ordinaire.
Peinture, vitrerie, tenture.

Catalogue

Cette autre édition de l'ouvrage présente plusieurs constructions villennoises de l'architecte :
- une villa et une maison normande de l'île,
- un chalet ;
- un pavillon pour la pêche ;
- une maison ;
- un pied à terre.

Villa Bourgeois Ile

Les publicités placées à la fin de l'une des éditions de cet ouvrage nous informent sur les équipements et les matériaux alors proposés pour l'aménagement des villas.

Cliquez sur l'image pour en voir d'autres !

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Certaines villas construites par Théophile Bourgeois possèdent toujours sa plaque d'architecte.

Plaque de Théophile Bourgeois
Plaque des architectes Bourgeois

Les deux fils de Théophile, Lucien et Paul Edmond, ont continué l'œuvre de leur père, dans le même style mais en y apportant des techniques de construction modernes.

Ils ont, seulement, ajouté la lettre "s" sur la plaque.

Ils ont, également, construit une villa de l'avenue Clemenceau ainsi que les bâtiments de la Plage de Villennes, dans l'île de Platais à Médan.

Cette plaque se trouve, moins neuve, sur la magnifique villa L'Heure Romantique dans l'Île de Villennes.

Villa L'Heure Romantique

Art nouveau avec les architectes Barbaud et Bauhain, et le sculpteur Rispal

Villa Vista Bella

Ces deux architectes d'envergure nationale, Édouard Bauhain et Raymond Barbaud, ont construit la villa Vista Bella de la rue de Poissy, confiant les somptueuses sculptures à Louis-Jules Rispal.

Ils ont participé, également, tous les trois, en 1901 à la réalisation de l'immeuble parisien "Art nouveau" du Syndicat de l'Épicerie, où se trouve, de nos jours, le Théâtre du Renard.

Edouard Bauhain (1864-1930)

Il a fait ses études à l'école municipale des Beaux-Arts de Bordeaux (1883-1884) puis à l'École Nationale des Beaux-Arts de Paris de 1885 à 1890 ; il y a été l'élève d'André et reçut le prix des architectes américains en 1890. Il participa aux concours du Salon des Champs-Élysées en 1893 et à celui de l'Exposition universelle de Paris en 1900. Il s'est installé à Paris dès 1894, mais il a réalisé presque toute son œuvre des quinze premières années dans l'Ouest de la France, en Charente, à Bordeaux et dans le Poitou.

Raymond Barbaud (1860-1927)

Issu d'une famille de magistrats de Tarascon, il s'est initié aux arts du dessin et de la pierre dans différents ateliers parisiens, de 1883 à 1890. Il a réalisé des maisons ouvrières, des immeubles de rapport à Paris et en banlieue, des pavillons aux expositions de Paris (1900), de Gand, de Liège et de Turin. Il a restauré et transformé des édifices religieux : Notre-Dame de Chastres près de Cognac et Notre-Dame d'Obezine à Angoulême. Grande médaille d'or d'architecture au salon de 1891, Raymond Barbaud fut chargé d'enquêtes judiciaires ou officielles de 1905 à 1926.

L'association des deux architectes

Ces deux architectes, associés jusqu'en 1910, furent primés au concours pour l'université de Californie à Berkeley, en 1898-1899. Ils ont construit des monuments, des villas, des immeubles de rapport (dont plusieurs à Paris), des hôtels de voyageurs (à Bayonne, Bordeaux, Angoulême, Poitiers), des brasseries (à Bordeaux, Cognac et Paris), le siège de la chambre de commerce d'Angoulême et celui du Syndicat de l'épicerie ; ils ont aménagé le casino de La Baule.

Leur intervention s'est souvent limitée à une restructuration plus ou moins profonde, en particulier dans les cas d'hôtels et de châteaux du Bordelais. Edouard Bauhain a aussi été l'architecte d'habitations à bon marché (HBM) parisiennes. Eclectiques, rompus au style Louis XVI, Edouard Bauhain et Raymond Barbaud sont intervenus sur des bâtiments classiques ou néoclassiques, ajoutant souvent une touche de modernité de style Art nouveau (par exemple, pour la façade de la chambre de commerce d'Angoulême). Ils ont réalisé, également, le grandiose Palais de l'Agriculture, recouvrant le bassin de l'Arsenal, près de la Bastille, en s'inspirant du Grand Palais, dix ans après sa construction. Les deux architectes ont aussi construit plusieurs églises en Charente.

Jules-Louis Rispal (1871-1909)

L'auteur du bas-relief de la villa Vista Bella exposa au salon des artistes français, de 1893 à 1907.

Il reçut plusieurs récompenses, dont une mention honorable en 1899 et 1900, lors de l'Exposition Universelle.



Outre ses ornementations de façades d'immeubles et de villas, sa signature figure sur des cheminées et d'autres productions, en particulier des boîtes, des vases et des pichets en étain.

Claude Parent (1923 - 2016), l'architecte de l'oblique

Professeur à l'École spéciale d'architecture à Paris, il obtint le grand prix national de l'architecture en 1979.

Président de l'Académie d'architecture puis membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 2005, cet architecte contemporain a été "un grand pourfendeur du classicisme bourgeois mais aussi du mouvement moderne issu de la pensée de Le Corbusier".

Il fut nommé dans la Légion d'honneur, officier en 1990 puis commandeur en 2010.

Il n'a conçu qu'une seule maison à Villennes. Sa construction n'a pas été achevée, un litige opposant l'architecte aux commanditaires.

Cliquez sur la photo pour obtenir des précisions et, éventuellement, en voir des plans !

A l'occasion de l'exposition "Claude Parent, l'œuvre construite, l'œuvre graphique", qui s'est tenue au premier semestre de l'année 2010 à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, son président François de Mazières présentait ainsi l'architecte :

Son activité d'architecte, qui commence en 1953 pour s'arrêter il y a une dizaine d'années seulement, compte presque autant par sa production de bâtiments devenus des icônes architecturales : il suffit de citer la Maison Drusch à Versailles, l'église Sainte-Bernadette du Banlay à Nevers ou le Pavillon de l'Iran à la Cité universitaire internationale [...] que par les rencontres qui l'ont marqué. Des rencontres avec des personnalités aussi variées qu'André Bloc, Ionel Schein, Nicolas Schöffer, Yves Klein, Sylvia Monfort, Jean Tinguely.

Chacune d'entre elles aura déterminé des pans entiers, des « périodes » pourrait-on dire, de la production d'un architecte qui aura été et demeure également un dessinateur hors pair, ainsi qu'un polémiste, caricaturiste à ses heures.

Autant de facettes d'une œuvre qui aura interrogé, voire dérangé, ses contemporains. Ce qui explique peut-être que la reconnaissance de Claude Parent ne vienne qu'aujourd'hui à la faveur de cette grande rétrospective que lui dédie la Cité de l'architecture & du patrimoine, qui est aussi la première.

Une telle reconnaissance consacre d'abord l'influence croissante de celui qui fut d'abord un avantgardiste quasiment « marginal » et que l'actualité a replacé au cœur des débats architecturaux du moment. Il est à ce titre éminemment symbolique que Jean Nouvel, dont la carrière a commencé dans l'agence de Claude Parent, soit le scénographe de l'exposition, après avoir dédicacé à ce dernier son projet pour la Philharmonie de Paris.

Cliquez sur l'image de l'affiche pour lire d'autres commentaires sur la vie et l'œuvre de Claude Parent !

Il a, notamment, développé une culture de l'oblique en rupture avec le traditionnel plan horizontal. Ce projet était porté par une grande inspiration utopique et sociale, en collaboration avec Paul Virilio qui étaitt professeur, en même temps que lui, à l'École spéciale d'architecture à Paris.

N'a-t'il pas déclaré "C'est Haussmann le criminel ! Penser que le même appartement se répète sur dix étages, c'est désespérant ! Résultat : on ne supporte plus de prendre l'ascenseur avec son voisin. Il faut trouver un moyen de bousculer les gens. Si on les met tous en pente, ils vont être déstabilisés, se toucher, penser autrement leur corps et leur rapports..." ?

Néanmoins, sur l'injonction de son épouse, il a remis d'équerre les planchers de sa maison de Neuilly !

Les paysagistes et jardiniers

Edouard Redont (1862 - 1942)

Architecte-paysagiste, il était originaire de Champigny, une ville proche de Reims. Né d'un père lessiveur et d'une mère buandière, il commença à travailler, dès l'âge de treize ans, chez un paysagiste parisien dont il prit la succession en 1892. Il possédait à Champigny des pépinières et une ferme.

Il a travaillé pour les grandes maisons de champagne (Pommery, Werlé, Plé-Pipper, Veuve Cliquot) et réalisé, notamment, le Parc Pommery ; devenu récemment le Parc de Champagne, il associait installations sportives et parc paysager à l'anglaise. Son cammanditaire était le marquis Melchior de Polignac, propriétaire de la maison Pommery, qui souhaitait offrir à ses employés un lieu pour leurs exercices sportifs.

Il a, également, réalisé deux parcs à Istanbul pour le sultan et le parc Bibesco à Craïova, en Roumanie (ci-contre).

 

A Villennes, vers 1913, il était le paysagiste de l'île et celui du parc de la villa Le Manoir.



Il a travaillé pour plusieurs célébrités de la mode : la couturière Jeanne Paquin à Saint-Cloud et les frères Révillon, fourreurs, à Poissy dans le parc de leur château de la Coudraie.

 Il a créé les jardins du lycée Lakanal, à Paris, en 1902-1903. Les autres réalisations de parcs et de jardins d'Edouard Redont comprennent celles-ci :

- A Epernay, le jardin public Le Jard et le parc de la Veuve Maigret, qui produisait l'alcool Rex dans les années 1920 ;
- Le domaine du Bois d'Aucourt, à Pierrefonds (Oise), en 1911, pour Gustave-Adolphe Clément-Bayard, constructeur d'automobiles, de dirigeables et d'avions ;
- Les châteaux de la Bove à Bouconville-Vauclair et de Marchais (Aisne) ;
- Les châteaux de Dampont et celui de Dancourt à Us (Val d'Oise) ;
- Le château de Boissettes (Seine et Marne) ;
- Le château d'Hendecourt (Pas de Calais).

Il a conçu, en 1911, le projet de la cité-jardin du Petit Groslay. au Blanc-Mesnil (Seine Saint Denis).

Toutefois, le décès du propriétaire du terrain et la guerre n'ont permis qu'un lotissement ordinaire.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, Edouard Redont a suivi la vogue des jardins paysagers de la fin du XIXe siècle, succédant à Edouard André et à Barillet-Deschamps, dont il se recommandait. Il a établi les dossiers de dommages de guerre des parcs et jardins qu'il avait réalisés auparavant.

Edouard Redont fut l'un des fondateurs, en 1911, de la Société Française des Urbanistes. Cette association professionnelle contribuait au développement des villes, rendu souvent anarchique par l'industrialisation. Elle participa, activement, à la création des premières lois d'urbanisme et à la reconstruction après la première guerre mondiale.

Balade dans Villennes

Les noms des villas

Beaucoup d'autres noms peuvent être observés, sur des supports très divers, au cours de promenades dans les rues et les chemins de Villennes.

Noms des villas, image 1

Environ 160 maisons, cossues ou modestes, ont conservé un nom de villa de vacances ou de week-end.

Cliquez sur la photo pour voir le diaporama, qui montre la variété des origines de ces noms !

Les portails à auvent

De nombreuses villas de Villennes, dont les architectures sont très diverses, ont une caractéristique commune : elles possèdent un portail en bois, abrité par un toit couvert de tuiles ou d'ardoises, plus rarement de chaume.

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Portails, image 1

Les tours et tourelles

Tours, image 1

Environ 160 maisons, cossues ou modestes, ont conservé un nom de villa de vacances ou de week-end.

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D'autres villas, situées dans la rue des Iselles et dans la route de Poissy, à proximité du débouché de celle-ci, se caractérisent par une tourelle.

Quel propriétaire a, le premier, choisi ce symbole, et a ensuite été imité par ses nouveaux voisins ?

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Tourelles, image 1

Les villas abandonnées et disparues

Quelques maisons ont parfois été victimes des intempéries, en raison de leur situation. A notre connaissance, aucune des villas touchées par les fréquentes crues de la Seine n'a subi de dégâts irréparables.

Par contre, une villa menacée par l'effondrement du terrain, où elle a été bâtie sur le flanc du coteau, a dû être abandonnée. Elle a été remplacée par deux grandes maisons.

Quant à sa voisine, sa construction est restée inachevée (voir ci-dessus à propos de son architecte, Claude Parent).

Elle a été démolie en 2013 ; les fondations de la prochaine construction devront être très solides.

Les maisons de gardien

Quelques belles villas disposent d'une maison de gardien, construite dans le même style.

Aujourd'hui, certaines d'entre elles constituent de très agréables résidences principales ...

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Tourelles, image 1

Les carrelages des villas

Au cours de nos visites des villas remarquables, nous avons collectionné pour vous les images de leurs magnifiques carrelages anciens, assemblés ici sous forme de mosaïques décoratives.