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Au XVIIIe siècle, la future rue du Pont était un chemin conduisant à l'entrée du pont, longeant l'enclos de l'église et des jardins du parc du château. Cet extrait du plan d'intendance de 1786 le montre alors qu'il faisait partie du domaine, bientôt confisqué comme bien national pendant la Révolution, du dernier seigneur de Villennes, Pierre Paul Gilbert de Voisins. Sa fille a épousé le vicomte d'Osmond, qui est devenu le maire de Villennes ; ils en reprirent possession, après leur retour d'émigration en 1801. |
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Le plan cadastral de 1821, où figure le moulin sur le pont, ne montre aucune construction sur ce terrain, qualifié alors de "saussaye" (plantation de saules). |
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Le propriétaire suivant du château, Jean Joseph Bastier de Villars de Bez d'Arre (agent de change puis artiste peintre, qui était également maire) a vendu ce terrain en 1828 à un propriétaire de Marly, M. Hamot, à qui appartenait le moulin. Celui-ci y a construit la première maison de la rue. Son fils, clerc de notaire à Paris, lui a succédé en 1831. Alexandre Hamot, qui était, vraisemblablement, le fils de ce dernier, est devenu à la fois le propriétaire et le meunier en 1835. |
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Bientôt, la ligne du chemin de fer a séparé ce terrain du parc du château ; lors de l'enquête de 1841, le meunier a adressé une réclamation, déclarant que le chemin de fer ferait "un tort considérable à l’exploitation du moulin".
Louis Jacques Gilbert, meunier, a acquis le moulin et le terrain du bord de Seine en 1854. Après la démolition du moulin, vraisemblablement en 1869, il est devenu cultivateur au Pecq.
Il a vendu le terrain et la maison au propriétaire du château, Jean Baptiste Paradis, en juin 1869. Voici la description dans l'annonce légale publiée dans le journal La Concorde du 15 août 1869 :
Maison, propre à habitation bourgeoise, avec jardin, sise à Villennes, près Poissy, Seine-et-Oise ; Cette maison, située près le pont conduisant à l'île de Villennes, comprend : au rez-de-chaussée : cuisine, deux cabinets et deux chambres ; au premier étage, une grande chambre avec cheminée et deux autres chambres plus petites, également avec cheminée ; au deuxième étage, une grande pièce avec grenier au-dessus ; cave sous la maison ; hangar sur le quai ; terrain planté d'ormes, situé derrière la maison ; jardin à côté, clos en partie de murs et en partie de treillages et planté d'arbres fruitiers ;
Le tout d'une contenance d'environ douze ares cinquante-sept centiares (emplacement des bâtiments compris) ; tient d'un bout au pont, d'autre bout au chemin dit de l'Abreuvoir ou des Graviers, d'un côté par devant au chemin qui mène au pont, et d'autre côté par derrière à la Seine.
Après le décès du châtelain en 1871, sa fille Marie Henriette, épouse du comte de Labenne, fils naturel de Napoléon III, puis de Louis Auguste Dupont, intendant du château, était son héritière. Toutefois, elle avait de nombreuses dettes, son père ayant engagé des sommes très importantes pour l'aménagement du parc du château ; elle mit en vente le terrain, après l'établissement d'un cahier des charges en 1882.
Il s'agit du premier morcellement d'un terrain constructible dans un cadre très agréable de Villennes, marquant le début des investissements fonciers et immobiliers dans la commune. Les parcelles vendues ont changé fréquemment de propriétaire dans les années suivantes et ont été regroupées.
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Deux cousins ont acquis des parcelles en 1884 : Tous deux gagnaient leur vie grâce au développement de l'habitat dans la région : l'un construisait des maisons, en utilisant divers matériaux, dont le plâtre produit par l'autre. |
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La veuve d'Alexandre Redaux, vraisemblablement un membre de la famille des fermiers de Marolles, a acheté une autre parcelle, qu'elle a revendu bientôt à Jean Louis Parvery.
Deux habitants de la capitale ont acheté un terrain, la même
année :
- L'artiste peintre Auguste Carliez y a construit une maison,
comprenant un atelier (Le Petit Clos) ;
- Clarence de Saint Martin, qui venaitt d'acquérir des terres
au lieudit "Le Clos au Pape" et a eu, ensuite, d'autres propriétés à
Villennes, notamment dans le quartier de la Nourrée.
Ce dernier et un autre Parisien ont racheté les terrains du carrier :
- Ceux des deux extrémités, en 1893, ont été acquis par Edouard
Eugène Briens, qui, ensuite, a eu d'autres propriétés dans la
commune et a acheté l'île
pour la lotir ;
- Clarence de Saint Martin en a acheté un autre, en 1892 ; il y a
construit une maison et revendu la propriété, cinq ans plus tard, à Armand
Bouchard qui l'a cédée, à son tour, en 1899, à Charles
Contenau ;
- Celui-ci l'a agrandie, en 1901, en acquérant une dernière parcelle.
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Le plan-relief de Villennes ne montre que trois maisons, en
1896 : |
La rue du Pont donne accès à une autre maison (4) ; elle ne fait toutefois pas partie du terrain considéré jusqu'ici, mais d'une autre ancienne partie du parc du château, comprise entre le chemin de fer et la Seine, qui a été lotie à partir de 1887 pour constituer le Chemin de Seine (futur Sentier du Bord de l'eau).
Cette parcelle, comprenant le terrain qui a constitué l'accès au pont et à l'île, n'était pas alors mise en vente car elle était "réservée" : elle a été acquise par Eugène Edouard Briens, le futur propriétaire de l'île. S'étant également rendu propriétaire du terrain situé de l'autre côté du pont, voulait-il ainsi contrôler l'accès à l'île, dont il négociait l'acquisition ?
La villa, appelée ultérieurement "La Morinière", est décrite plus loin ; il ne semble pas qu'elle existait en 1896.
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Après les lotissements du chemin de Seine et de l'île, la rue du Pont a permis d'y accéder. Une grille a d'abord été installée à l'entrée du nouveau chemin. Ensuite, un portail a été construit pour préserver le caractère privé de l'île et assurer la sécurité de ses habitants. |
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Nous pouvons les voir sur une carte postale de 1910, d'où
l'image ci-dessus est extraite. |
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Le portail vers l'île a été ultérieurement remplacé par une double porte, à l'extrémité du pont. |
Emile Martin, qui possédait l'hôtel-restaurant "Le Sophora", l'a complété en 1894 par une annexe, que son entreprise de maçonnerie a, peut-être, elle-même bâtie. Etait-ce l'ancienne maison du meunier agrandie ou une construction entièrement nouvelle ? Elle disposait de chambres meublées et était utilisée comme garage de bateaux.
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Pendant la crue de janvier 1910, les bateaux, qu'on pouvait y louer, ont trouvé une utilisation autre que la pêche ou le canotage. |
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Sue cette photo, prise en 1909, se trouvait, certainement aussi, la famille Fromenti, qui habitait la maison et y proposait "Vins - Liqueurs - Plat du jour".
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Le propriétaire suivant du Sophora à partir de 1926, François Dellerie, possédait également la maison. Elle a alors été louée : cette année, la famille Bigot était la seule recensée dans la rue, les autres habitants l'étant certainement dans leur domicile de Paris. Le père était pêcheur professionnel, peut-être comme le voisin qui a nommé sa maison "La Pêcherie". La maison a été achetée en 1948 par un ingénieur, qui l'a cédée bientôt pour acquérir une importante propriété de l'avenue Foch.
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Elle a, globalement, conservé son aspect d'origine. |
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Vue aérienne avant la construction
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Les différentes villas seront décrites en allant du pont...
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... jusqu'au port. |
![]() Le garage à bateaux, qui subsiste, a été construit une vingtaine d'années avant la villa. Il est visible sur plusieurs cartes postales, dont la plus ancienne a été expédiée en 1905. |
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Cette propriété d'Eugène Edouard Briens, décédé en 1904, a été vendue, en 1914, par ses nièces et héritières, Marie Eugène Royer, veuve Kureth, et Marie Othélie Royer, à Jules Goycoechea.
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Entrepreneur de peinture puis de fumisterie à Villennes, il a bientôt acheté la villa "Le Vieux Moulin" puis plusieurs autres maisons dans le village. Son entreprise était située dans la rue de la Gare, devenue la rue de Seine, puis la rue Maurice Dreux. Il était l'un des créanciers de la famille d'Eugène Briens, comme d'autres artisans, qui avaient aménagé et décoré l'une de leurs maisons (peut-être la Maison Machoire), comme il est indiqué dans l'acte de propriété d'une autre maison de Villennes : Les Pigeons. Il a fait construire, en 1915, un chalet qui a été démoli en 1923, vraisemblablement pour laisser la place à la villa. Son fils Jacques en était le propriétaire de 1931 à 1945. |
Un généalogiste parisien, Henri Gaston Morin, dont la généalogie n'est pas connue, a acquis la maison et l'a baptisée "La Morinière". Il a acheté une autre propriété, dans la ruelle Saint Nicolas, neuf ans plus tard.

Edouard Eugène Briens n'habitait pas cette maison, qu'il avait fait construire pour la louer ; les cartes postales les plus anciennes qui la représentent ont été expédiées en 1902.
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Il est décédé en 1904. Ses deux nièces ont vendu la maison, en 1917, avec le garage à bateaux, situé de l'autre côté du pont, à un Parisien, Henri Etienne Albert. Etait-il celui qui a dirigé en 1896-97 la revue Le Centaure et publié ensuite une traduction française de toute l'œuvre de Nietzsche au Mercure de France ou un homonyme ? Celui-ci a cédé la maison, deux ans plus tard, à Jules Goycoechea, qui possédait déjà le terrain dont il vient d'être question.
La propriété a, probablement, été louée avant d'être revendue successivement à deux Parisiens : en 1921 à Robert Gentizon, en 1926 à Albertine Didier, la veuve de Georges Corrard. Sa famille l'a conservée jusque vers la fin du siècle. Elle dirigeait alors le Théâtre de la Gaîté, après le décès de son époux, qui lui-même avait succédé à son père, dont il avait repris le pseudonyme Georges Dorfeuil, et à sa mère.
Les registres des propriétaires de bateaux, qui devaient payer une taxe, à la fin des années 1920, nous donnent les noms des habitants de la maison à cette époque : nous y trouvons Corrard et Dorfeuil, ainsi que Roussel (peut-être un locataire).
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La villa "Le vieux Moulin" a souvent été photographiée
depuis le pont ou la Seine. |

Cette villa a conservé son architecture, caractérisée par ses quatre pignons, ainsi que ses décorations intérieures.
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Bien que placé en hauteur au-dessus d'une porte, cet ornement (ci-dessous) peut être qualifié de bas-relief (l'avancée des formes hors du plan est inférieure à la moitié de leur volume).

Il ressemble étrangement à un autre, qui a été placé sur la façade de la villa Marie Isabelle. Un même artiste aurait-il sculpté les deux ? Ce seraient plutôt des moulages d'un motif, représentant des jeux d'enfants autour d'un baquet ou des enfants-forgerons, fréquent au début du XXe siècle ?
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Si les papiers peints, conservés jusqu'à nos jours, ne datent pas de la construction de la maison, ils ont peut-être été posés par Jules Goycoechea ou l'un de ses employés. |
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Bien que ne figurant pas sur le plan-relief, cette villa a, semble-t-il, été construite vers 1892 par Clarence de Saint Martin. Celui-ci avait déjà fait bâtir, en 1886, la villa La Bicochette de l'actuelle rue Gallieni. La propriété a été revendue, cinq ans plus tard puis en 1899 à deux autres Parisiens : Armand Bouchard et Charles Conteneau. Elle a été complétée en 1901 par un terrain voisin, appartenant encore à Eugène Jean Louis Parvery. |
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La villa a été acquise, en 1924, par un architecte, Fernand Eugène Martignon, qui habitait rue du (petit) pont à Paris ! C'est peut-être lui, qui a réalisé les agrandissements (non effectués vers 1929, comme le montre cette photo). Un autre Parisien lui a succédé, vingt ans plus tard. |
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Parmi les premiers acquéreurs des terrains de la rue, figurait en 1884 un seul Parisien : l'artiste peintre Eléonore Auguste Carliez (1838-1910) y a construit sa maison, deux ans plus tard.
Artiste normand, rattaché à l'école de Rouen, il a été assez célèbre en son temps jusqu'en 1900. Le musée des Beaux-arts de Rouen conserve un portrait de Napoléon III daté 1865, d'après Hippolyte Flandrin. Ses productions, comprennent aussi des céramiques.
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Son œuvre, très académique (compositions religieuses, scènes de genre, architecture), est peu connue ; il a notamment réalisé un tableau exposé au Salon de 1868, représentant François Ier et Triboulet, bouffon de la cour de France. L'ouvrage Nouvelle biographie normande de
Noémi-Noire Oursel, publié de 1886 à 1912, donne une liste
de ses œuvres, dont deux réalisées à Villennes : |
Les enfants musiciens d'Auguste Carliez. Décédé en novembre 1910, il a été inhumé dans le cimetière de Villennes. |
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L'architecture de la maison conserve son souvenir : chaque façade comprend un grand vitrage, qui éclairait son atelier. |
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Pendant qu'il travaillait du côté de la Seine, le peintre n'y voyait pas des maisons et des saules pleureurs, mais des bovins paissant dans un large pâturage. |
Les (faux) colombages de la maison ont disparu, mais d'intéressants ouvrages de ferronnerie subsistent :
![]() La grille du balcon |
La porte du chemin de halage, installée par l'un des propriétaires de la maison suivante. |
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La villa a été construite, vers 1889, par Edouard Eugène Briens. En août 1891, un litige l'a opposé à la municipalité : il avait demandé au maire de faire enlever les vases qui s'accumulaient dans le port voisin. Le conseil municipal, considérant que cet amoncellement était occasionné par le remous créé par le mur qu'il avait fait construire à deux mètres en aval du port, décida d'effectuer un remblaiement jusqu'au mur. En février suivant, l'envasement continuant à produire "des miasmes très désagréables et dangereux", il demanda au préfet une aide financière, les ressources de la commune ne permettant pas de payer le "remblayage". Le port a été surélevé en 1893.
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Après le décès d'Edouard Eugène Briens, la villa a été vendue en 1904 par ses nièces et héritières à Charles Edouard Louis Machoire, un proche de sa famille : également receveur de rentes, après avoir habité la même rue que lui, il résidait dans le même immeuble que ses nièces. Cette villa a porté longtemps le nom de ce propriétaire. ![]() |
En 1907, il a acheté l'hôtel-restaurant "Aux Tilleuls", situé de l'autre côté du port actuel, qui était alors l'abordage du Sophora.
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Comme toutes les maisons du bord de la Seine, celle-ci n'était accessible qu'en barque pendant la crue de janvier 1910. |
Charles Machoire est décédé en 1949 ; ses héritiers ont vendu l'hôtel-restaurant trois ans plus tard mais ils ont conservé la maison jusqu'en 1964.
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