
Enfant du baby-boom, je suis née à Courbevoie mais je suis
arrivée à Villennes dans la première semaine de mon existence. D’une
famille recomposée, j’étais attendue pour être un garçon. Tout était
bleu : le lit, qui a ensuite servi à tous les enfants de la
famille, et les vêtements. Ma mère a écrit dans son agenda rouge de
1947 : « Mercredi 4 juin : entrée à la clinique Jean
Claude de Courbevoie [...] ; jeudi 5 juin : vers
17 h 30 premières douleurs : 20 h voilà le bébé ; c’est une
fille ! Mon mari va être déçu. Comment l’appeler ? » Mes
parents, Lucien et Marguerite Lucienne, ayant vu l’opéra
comique Mireille, me donnèrent ce prénom.
Lorsque je suis née, ma place à l'école de Villennes était déjà
réservée !
Située dans la Rue Gallieni, la villa de mes parents s’appelait « La Collinette » ; ils lui ont donné le nom « La Musardière », qu'ont choisi, quelques décennies plus tard, mon parrain et de marraine pour leur maison du Cap Ferret. En achetant cette maison en 1934, mon père avait payé les dettes de son propriétaire. C’était une maison de village agricole ; la cave voûtée en est le témoin. Elle a été largement agrandie.
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Je n'ai pas connu la Seconde Guerre mondiale mais mes parents m'ont
raconté cette période. Une partie du jardin fut transformé en potager,
où mes parents plantèrent surtout des pommes de terre et des haricots
; un poulailler a accueilli des canards et des poules, élevées
pour leurs œufs. Une des poules étant malade, ma mère la conduisit, en
vélo, à Saint-Germain-en-Laye, chez un vétérinaire pour la soigner. Un
jour au cours d’un soin, la poule, posée sur les genoux de ma mère, a
pondu un œuf dans son tablier. Ce volatile est mort de vieillesse ! Un
canard qui a fait du rase–motte sur la table de communion de mon frère
a eu moins de chance que la poule !
Eva, la première épouse de mon père, repose au cimetière de Villennes.
J'ai hérité de cette maison, où j'ai habité jusqu'en 2007. J'ai,
ensuite, résidé trois ans à Poissy, le temps de trouver ma maison de
Saint-Jean-de-Védas, près de Montpellier.
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J'ai connu trois curés. L’abbé Georges Goyet (1884–1955), qui avait succédé à l’abbé Henri du Verdier de Genouillac (1881-1940), me baptisa. Il avait des cheveux blancs un peu longs ; il portait barrette et soutane. Rondouillard, il était très doux et affable. |
Quelques fois, le dimanche matin, quand mes parents recevaient, nous
allions, ma mère et moi, à la première messe à 7 h 30, alors que mon
père n’allait à la messe qu’à Pâques et le 15 août. Certaines
personnes s’assoupissaient pendant les lectures et l’homélie. Après la
messe, j’avais droit un petit pâté brioché du charcutier car, à
l’époque, pour communier il fallait être à jeun et il n'était pas
question de déroger à cette obligation.
Ensuite, il y eut le père Trogné (?), un grand gaillard
avec une jambe raide qui me faisait penser à Patibulaire. Il était,
plutôt, de style "gardien de prison" mais il était érudit en textes
liturgiques. Il se plaignait de n’avoir, au catéchisme, que les
enfants des jardiniers et des femmes de ménage. Pour notre
première confession, il nous avait remis une liste de péchés véniels ;
comme il m’a reproché de ne pas en avoir fait assez, j’en ai trouvé
quelques autres, plus ou moins imaginés, mais j’ai eu l’absolution. Le
curé suivant a été le père Bombezan, un homme plus ouvert sur
le monde. Après le regroupement de la paroisse de Villennes avec celle
de Poissy, je me suis retrouvée Dame Cathé. Ce n'est pas
étonnant quand on s'appelle "de La Chapelle !
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A côté de notre maison, il y avait une grande propriété, sise dans l'angle entre l’avenue Clémenceau et la rue Gallieni. Pendant la dernière guerre et après, c’était un lieu de résidence, Eden Roc, avec une piscine et un orchestre dont nous profitions le samedi soir. J'y ai assisté au tournage de quelques scènes de tournage du film Les femmes d'abord... avec Eddy Constantine. Eden Roc a été rasé et remplacé par la la Résidence Gallieni-Clémenceau. La piscine a servi de fondation à son parking et des immeubles ont été construits sur les terrains de tennis, de l'autre côté de l'avenue Clémenceau, sauf un qui a été conservé. |
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La villa mitoyenne de La Musardière, de l’autre côté, La Bicochette, est de style anglo-normand. C'est une autre très grande maison, deux fois plus que la nôtre. Elle été occupée par la famille Vianès. Après la guerre, et à l’arrivée des Américains du Shape au Camp des Loges, quelques pièces des étages supérieurs ont été louées à la famille Bradley, dont le père était officier de l’armée américaine. Je me souviens de leur fils Guy : nous allions ensemble à l’école de Melle Truet, en prenant la sente des Potagers qui débouche rue de la Ravine. C’était super : il me donnait des chewing-gums, avec lesquels nous faisions des bulles. Je ne sais pas ce qu'il devenu mais je n’ai pas oublié les chewing-gums, très nouveaux pour moi ! |
Ensuite, une autre famille est venue ainsi qu'un couple, la maison étant déjà divisée en deux. Le père était grand reporter au journal Combat, la mère était dans l’édition. Il y avait aussi la grand-mère retraitée, communiste notoire, et la tante célibataire, qui avait travaillé à la Sécurité sociale, très croyante et pratiquante. Très sympathiques et accueillants, ils avaient une fille un peu plus jeune que notre fils. C’était table ouverte chez eux, les amis de leurs amis étant leurs amis. N'étions-nous pas dérangés pas de vivre à côté d’une telle communauté ? Non, ces voisin n'étaient pas des hippies !
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Le commandant de la place de Paris résidait, de l’autre côté de la rue, dans une grande villa, nommée Le Manoir. |
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Il y avait à Villennes un personnage haut en couleur, le garde-champêtre, Marcel Tabard. Pierre Daninos s’est inspiré de lui pour décrire un personnage dans l’un de ses livres.Il surveillait la sortie de l’école, nous impressionnant beaucoup avec son uniforme et son képi. Ses enfants, devenus adultes, sont restés à Villennes. Quand il a pris sa retraite, il a été remplacé par M. Moulin. |
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Mon fils pourrait mieux en parler. Il a été dans la classe
d'Armand Piris, directeur et professeur des
écoles, dans de nouveaux bâtiments, où une cantine
a été installée plus tard. |
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Je ne me souviens pas de la classe de maternelle. Je suis entrée à l'école à l'âge de 5 ou 6 ans. C’était en 1952. |
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La maitresse de notre classe, comprenant les niveaux de la 11e à la 9e, était Hélène Truet. Les garçons et les filles étaient ensemble. |
Ensuite, je suis allée à la grande école, jusqu’au certificat d’étude ; elle était, d'abord, dans les bâtiments de l'ancienne mairie-école, devenus la Maison des associations. Les filles et les garçons y étaient séparés, de chaque coté. A l'époque, il n'y avait pas de cantine scolaire ; pour déjeuner, nous rentrions chez nous ou nous allions chez un voisin !
Plus tard, notre école était à l’emplacement de l’école élémentaire actuelle du centre, mais elle était en fibrociment, blanc et rose. Deux classes étaient séparées par un préau.
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La remise des prix de fin d’année s'y faisait, avec le maire et le conseil municipal. Une fois, M. Marcel Mirgon me remit un prix. Je ne me souviens pas du prix mais de sa très grande barbe blanche ! |
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Nous n’avions pas d’uniforme, mais les filles portaient un tablier et les garçons une blouse. Le pantalon étant alors interdit au sexe faible, les écolières ne pouvaient pas en porter, sauf avec une jupe au-dessus. Mes chaussettes de laine étaient tricotées par ma mère, avec cinq aiguilles !
Ensuite, pour la préparation au certif, comme on disait, il a fallu aller à la "grande école" ou bien à Poissy ou à Saint-Germain-en-Laye. Pour moi, c'était dans une école de Saint-Germain, où il n’y avait que des filles ! Dans cette institution, très catho, Mlle Layus, accompagnée de son chien Yota, nous préparait au bac. L’uniforme était de rigueur : je portais, en classe, une blouse rose et, pour les sorties, une jupe bleue marine et un foulard rose. Là aussi, les pantalons étaient interdits sans une jupe au-dessus. Pour la première rentrée scolaire dans cette école, j'étais placée, pendant un trimestre, dans une classe d’un niveau inférieur au mien, en 9e ; j'ai donc obtenu de bonnes notes. En janvier suivant, je fus transférée dans une autre classe, d'un bon niveau. Comme il me manquait le 1er trimestre et j’étais une nouvelle, venant d’une classe inférieure du même établissement, j'ai été mal acceptée, ne trouvant donc pas d’amies. Je n’ai jamais vraiment apprécié cette école jusqu’au bac.
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Hélène Truet avait une sœur, Irène Truet. Toutes les deux, célibataires, vivaient avec leur mère, dans une maison à l’angle de l'Avenue Georges Clémenceau et de la rue du Port. |
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Dans l’ancien atelier de leur père, avaient lieu les cours de musique que donnaient Irène Truet ; une fois par mois, nous étions réunis, pour jouer du triangle et du tambourin ; nous découvrions les auteurs. Les cours de piano avaient lieu dans le salon. |
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Chacune des deux sœurs avait une approche moderne, pour l’époque, de l’enseignement, très stricte mais ouverte aux nouveautés. Si des punitions étaient de mise, elles étaient justes, sauf une fois : je me suis retrouvée, en classe, à genoux sur le béton brut, encore couvert de billes de ciment, derrière le tableau noir à roulettes. La raison était que je m’étais battue avec une autre fille et je l’avais griffée au visage. Je n'avais pas accepté qu'elle ait accusé mon père d'avoir été un "collabo" ; c'était faux, mais la guerre n’était pas très loin. Heureusement, il n’y a pas eu de conséquence familiale, car cela aurait été double peine. Ainsi était l’éducation de l’époque ! 70 ans après, je me souviens aussi de récréations, pendant lesquelles Hélène Truet jouait avec nous.
Les sorties de fin d’année constituaient de véritables expéditions ! Nous partions, en rang, pour aller à la Plage de Villennes à Médan, où nous passions toute la journée. Nous traversions la Seine en barque à moteur. Quelle aventure !
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Mon maillot de bain, en laine ou en coton, tricoté par ma mère, me grattait et se détendait mais ce n'était pas grave. Nous ne nagions pas ; ce qui nous plaisait c’était de pouvoir jouer dans l’eau. Nous emportions notre déjeuner ainsi qu'une gourde contenant de l’eau avec un peu de vin, mais pas beaucoup : c’était pour la purifier. Il nous était interdit de monter l’escalier du toboggan en bord de Seine ; seuls les très grands, surtout les garçons, pouvaient se laisser glisser dans la Seine pour y nager. Le fleuve n'était pas très propre : un peu d’essence ou de pétrole y flottait, faisant de belles irisations. |
A Médan, une halte de chemin de fer desservait ce lieu, l’été uniquement.
Pour les plus riches, plus tard, il y a eu du parachutisme ascensionnel. Très malheureusement, cette magnifique plage, rouge et blanche, qui a fait le bonheur de plusieurs générations d’écoliers et de Parisiens est, depuis de nombreuses années, une friche abandonnée !
Mon frère Pierre, né en 1931, avait connu la guerre et avait été pensionnaire à l'école Saint-Erembert de Saint-Germain-en-Laye. Il m’a raconté ses promenades en forêt : les élèves s’amusaient à couper les fils de téléphone que les nazis avaient installés ; les professeurs ne leur disaient rien. Ce qui l’a choqué c’est que la Gestapo vienne arrêter un de leurs professeurs, en pleine classe. Pierre a eu son bac de français en 1949, mais pas celui de philo ; cela suffisait pour succéder à notre père dans son entreprise ; quant à ma sœur Jeanne, née en 1921, elle s’est arrêtée au certificat d’études. Il était alors admis que les filles n'avaient pas besoin de plus !
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Les établissements Blossier, le grand magasin du village, étaient exploités en famille : la mère dirigeait, le fils s’occupait des vins et du café d’à côté, et la belle-fille comme vendeuse et, surtout, caissière. Elle était surnommée Mme Caisse, gérant la caisse à manivelle à l’ancienne, posée sur un meuble en bois. |
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Il y avait aussi un autre fils, que l’on appelait Bilou ; c'était un enfant différent, ayant quelques retards. Un jour, il m’a piqué mon goûter que j’avais posé par terre près de moi, alors que j’étais aux toilettes ; elle étaient situées dans la cour de l'école et leurs portes n’allaient pas jusqu’en bas. Lorsque Bilou est décédé, toute l’école s’est retrouvée à l’église, emplie de nombreuses fleurs blanches.
Ensuite, il y a eu M. et Mme Noé, épiciers, qui s’étaient installés dans le magasin devenu une agence du Crédit Lyonnais. Ils ont ensuite succédé à la famille Blossier. Ayant été représentant européen pour les fromages normands, M. Noé m’a, un jour, apporté de Bruxelles un couteau spécial fromage, en forme de pelle avec une grande fente. Je pense à lui et à son épouse, chaque fois que je m’en sers. Il en avait toute une collection dans sa boutique.
M. Motte, charcutier, faisait lui-même les charcuteries qu'il livrait avec son camion. Il a cessé cette activité après avoir tué accidentellement son fils en reculant dans son garage ; le gamin voulait, certainement, guider son père.
Le magasin de M. Dubroc, marchand de couleurs, de clous au poids et de cocottes en fonte était le premier commerce, à l'arrivée dans le centre de Villennes, à côté de la boulangerie. Il avait deux filles, dont l’une a habité dans la Résidence Gallieni-Clémenceau. Son magasin est devenu le salon de coirrure de Daniel Mégret que tous ses clients appelaient « Columbo » (comme l'inspecteur de la célèbre série télévisée, dont il avait l'allure). Il a fait la première coupe à mon fils, alors bébé.
M. et Mme Boué, marchands de tissus, de fils, et de boutons avaient une fille. En face de la Place du marché, leur magasin est devenu une agence bancaire. M. Lefèvre et son fils, peintres en bâtiment comme leurs ascendants, œuvraient dans les maisons de Villennes ; les femmes, "marchandes de couleurs", tenaient le magasin,.
La boulangerie est toujours au même endroit. Je crois que le nom de famille du boulanger était André. C'était aussi un salon de thé. Mon mari, Bruno Passerat de La Chapelle, avait refait l’aménagement, en faisant conserver le décor, typique d'une ancienne boulangerie.
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Ma mère m’envoyait chercher le pain fraichement cuit quand l’odeur du bois brûlé emplissait le village. Plus tard, les pièces montées de notre mariage et du baptême de notre fils y ont été composées.
L'hôtel-restaurant "Au Berceau" est devenu une agence immobilière puis un magasin d'optique. Il y avait déjà deux bistrots-marchands de tabac : le Sophora, et celui de la rue Gallieni (devenu Le Marigny).
Le garage de l’angle de la rue Parvery était tenu par M. Robin. Je crois savoir que son fils avait participé à des courses automobiles. Il avait aussi une pompe à essence Shell, tenue par son épouse, dans l'avenue Clemenceau. Lors des évènements de mai 1968, ils ont téléphoné à mes parents, et à d'autres, pour les prévenir d’un approvisionnement en essence. C'était une époque révolue, où régnait la convivialité entre Villennois !
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La boutique de la fleuriste, Mme Rivierre, était la première, à droite, au début de la rue Parvery. Elle m’a composé mon bouquet de mariée. J’ai le souvenir qu'elle avait eu le tétanos après s’être piquée à une rose, mais elle n’a pas eu de suites ; y pensant plus tard, je me suis fait vacciner contre cette maladie. |
Le marché se tenait déjà le samedi matin, toujours au même endroit,
mais avec de nombreux commerces. En plus des légumes et des fruits,
des poissons et des viandes, des chaussures pouvaient y être
achetées. Le vendeur avait une blouse grise et une casquette. Les
Parisiens, en villégiature, en profitaient aussi pour faire leurs
provisions.
Beaucoup de banques et d’agences immobilières ont remplacé certains de
ces commerces, qui donnaient vie au village.
De Villennes à Poissy et à Vernouillet, en passant par Médan, à pied nous longions la Seine, passant devant les guinguettes, les restaurants et l'embarcadère pour aller à la Plage de Villennes, à Médan. Nous passions par ce chemin lors des sorties scolaires de fin d’année.
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Il n’y avait pas de grille, aucun code secret à composer pour passer ; nous étions libres de longer la rive à pied ou en vélo, seuls les riverains pouvant y circuler en voiture. Pour aller à Poissy, nous prenions à pied le Chemin de la Nourrée, maintenant fermé par un portail à chaque extrémité. Il rejoignait le chemin des Pêcheurs au niveau du magasin Nautis et du port de plaisance. |
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La ligne Paris-Normandie longe la Seine sur un talus ; les trains y passaient lentement lors des inondations, car il était alors emprunté par les riverains du fleuve.
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Les trains tractés par des locomotives à vapeur transportaient des voyageurs et des marchandises. Nous voyions de loin les panaches de fumée des locomotives. Je me souviens du conducteur de la locomotive et de la personne chargée de remplir de charbon sa chaudière : ils étaient tout de noir vêtus, avec des lunettes comme des motards de l’époque, la locomotive n'étant pas fermée ; leur visage était tout noir également. Ils surveillaient l’embarquement et attendaient le coup de sifflet du chef de gare, en uniforme, annonçant le départ du train. |
Le voyage pour aller à Paris, la capitale, était une véritable expédition : tenue du dimanche, chapeau pour les dames et les messieurs, et des gants. Je portais des gants de coton blanc, mais je ne devais surtout pas toucher aux parois, car il fallait faire attention à la poussière due à la fumée.
Cette route, restée nommée "Route de 40 sous", était alors pavée. Maintenant, la route D113 est une voie rapide traversant des lieux que je ne reconnais pas. Mon père m’avait dit que les aménagements de cette route et de l'autoroute A13, ainsi que son tunnel de Saint-Cloud, avaient été terminés par « l’envahisseur » durant la guerre.
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Il y a quelques décennies, la voie ferrée d'un tramway, nommé
"le tacot", longeait cette route, qui ressemblait plutôt à une
voie pour diligences. |
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La route, qui longe le Vallon de Marolles, toujours nommée Chemin du Pré-Seigneur, n’existait pas ; c’était un chemin creux de terre, au milieu de champs. C’est là que j’ai appris à faire du vélo avec Jean, le frère de ma mère. Le père Noël m’avait apporté mon vélo de, rouge comme les véhicules de pompiers. Entre les cailloux et les ornières, j’ai appris rapidement. Le long de ce chemin de terre, sur la route de Marolles et le Chemin des Groux, conduisant au château d'eau, il y avait quelques poteaux de bois pour soutenir, en leur sommet, des fils électriques au moyen de petits pots blancs de céramique. L’hiver, la bise soufflait et faisait siffler un air mélodieux ; je l’appelais la Mère l’Hiver. J’aimais ce chant que nous n’entendons plus guère.
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Plus que la maison de maître et les bâtiments agricoles de la ferme, c’était le poulailler qui m’impressionnait, à gauche de la grande entrée voûtée. Il y avait beaucoup de poules, de coqs et de poussins qui suivaient leur mère. |
Dans le Pré aux moutons, bien nommé, paissaient des ovins. Avant une fête de l’Aïd, la plupart disparurent ; ils ont, vraisemblablement, été bénis par un iman avant de finir en méchouï !
Habituellement, le troupeau rentrait, le soir, à la ferme. Un jour, il y eut un embouteillage car les brebis mettaient bas ; les enfants ont pu bénéficier d’une leçon de choses et de vie en direct (naissance, placenta, premiers pas). Il était étonnant de voir les brebis se protéger les unes les autres ainsi que les agneaux sidérés par ce spectacle, de même que les automobilistes, adultes et enfants.
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Dans les années 1950, la Seine a débordé, plusieurs fois. Le Zouave du pont de l’Alma à Paris avait de l’eau bien au-dessus des genoux. L’Île de Villennes était sous l’eau. Je pensais que les habitants et les écoliers de l’île avaient beaucoup de chance de pouvoir circuler en barque. Le niveau des crues est toujours indiqué au-dessus du passage sous le chemin de fer, en face du port communal, devenu le "Petit port". L’eau arrivait, parfois, en haut du ballast de la voie ferrée. |
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Notre belle maison était chauffée au charbon. Mon père en faisait livrer à l’automne pour l’hiver. Le soir, avant d’aller se coucher et après que ma mère eut rempli les bouillotes d’eau bien chaude, il chargeait la chaudière pour la nuit. Au petit matin, celle-ci s’arrêtait et le froid sévissait. De la glace de condensation s'étant déposée sur les vitres, à l’intérieur, je m’amusais, à mon lever, à faire des dessins dans le givre. Il a fallu, dans mon adolescence, que mon père ait un infarctus un soir, en chargeant la chaudière, pour qu’une chaudière au fioul soit installée. |