Bandeau de la Libération de Villennes

Les célébrités villennoises de l'industrie


René Bünzli

Henri René Bünzli (1870–1961) était un horloger, inventeur et pionnier du cinéma français. Il a joué un rôle clé dans la conception des premiers appareils de prise de vue et de projection de photographies animées à la fin du XIXe siècle. Avec son épouse, il a été propriétaire de la Villa Albertina (avenue Foch) de 1948 jusqu'à son décès ; son épouse l'a vendue en 1965.

La mécanique de précision pour le cinéma

Il a pu y passer sa retraite après sa carrière dans la mécanique de précision, notamment pour les premiers appareils cinématographiques. Sa biographie a été présentée ainsi dans le Bulletin de l'AFITEC, n°26 en 1966 :

Henri René Bünzli (1870 - 1961) est originaire de Reims. Entre 1885 et 1888, il est élève à l’école d’horlogerie de Paris où il se distingue en remportant plusieurs 1er prix (sciences physique, dessin technique, théorie de l’horlogerie, finissage de remontoirs, échappements à cylindres). C’est sans doute là qu’il fait la connaissance de Pierre Victor Continsouza, avec qui il ouvre un atelier de mécanique de précision au 6, rue Fontaine au Roi, en 1896.

Le 14 novembre 1896, Bünzli et Continsouza déposent le brevet pour "un nouvel appareil pour l'obtention et la projection de la photographie animée". Ce brevet fait suite au brevet n° 255.937 du 28 avril de la même année, déposé au seul nom de Continsouza, pour "un appareil photographique à bande sensible continue pour la fixation et la reproduction des scènes animées". Ces deux brevets concernent l’application du mécanisme à Croix de Malte, bien connu en horlogerie, à l’entraînement de la pellicule ; le premier avec une croix à 5 branches, le second avec une croix à 4 branches à attaque tangentielle qui sera utilisée dans la grande majorité des projecteurs construits dans le monde.

Le Robuste, l'un des premiers
projecteurs de cinéma

En janvier 1898, Bünzli et Constinsouza fondent la Manufacture Française d’Appareils de Précision au capital de 350.000 francs. 2 550 actions de 100 francs sont souscrites par la Compagnie Générale de Cinématographes, Phonographes et Pellicules (anciens établissements Pathé Frères) qui s’assure ainsi le contrôle de ce concurrent potentiel. Située 25 & 27 boulevard de Belleville, la Manufacture à pour but d’exploiter la fabrication et la construction de toutes machines et appareils de petite mécanique en général et principalement des phonographes ou machines à enregistrer et reproduire la parole, le chant et la musique.

A l’époque la branche cinéma de Pathé ne représente que 10 % de son chiffre d’affaires, qui jusqu’en 1906 sera dominé par l’activité phonographique. En octobre 1898, la Manufacture Française d’Appareils de Précision porte son capital à un million de francs et peut se vanter d’être la plus importante fabrique de phonographes d’Europe. En septembre 1900, la Manufacture fusionne avec Pathé pour donner naissance à la Compagnie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision, au capital de 2,666 millions de francs. Le 21 novembre 1899, Bünzli et Continsouza déposent leur dernier brevet en commun pour l’Animateur Stéréoscopique. Un nouveau brevet, déposé le 20 janvier 1900, au seul nom de René Bunzli, décrit les nouvelles caractéristiques de ce stéréoscope animé. L’appareil est construit et commercialisé par Louis Lamazière, avec qui Bünzli semble se rapprocher, tandis que Continsouza dirige désormais les ateliers de mécanique de Pathé (Lamazière est d’ailleurs le témoin de René Bünzli, lors de son mariage le 7 juillet 1900). Lamazière est constructeur d’appareils de précision ; il fabrique des projecteurs, des appareils de prise de vues en 35, 50 et 70 mm ainsi que des phonographes. Le 1er novembre 1909, René Bünzli et Louis Lamazière fondent la société en nom collectif Lamazière et Bunzli, dont le siège est situé 11, rue du Surmelin à Paris. Le 20 janvier 1914, celle-ci est transformée en société anonyme, dite Société de Construction d’Appareils de Précision, au capital de 2.000.000 de francs. Parmi les nouveaux actionnaires, on retrouve le nom de Pierre-Victor Continsouza. Les relations entre les deux hommes se poursuivent après la 1re guerre.

Dans les années 20, Continsouza sous-traite à René Bünzli la construction d’une partie des appareils Pathé Baby qui s'effectue dans les usines Vaucanson de Saint-Nicolas d’Aliermont. Dans les années 30, André Bunzli, le fils de René, travaille comme ingénieur mécanicien à l'Usine de la Marque à Tulle, dirigée par Continsouza (il sera fusillé par les allemands en juin 1944). René Bünzli décède à Villennes-sur-Seine le 6 août 1961.

Le mécanisme à Croix de Malte

Voici une image du début de la première page d'un article publié dans le bulletin de l'AFITEC et sa transcription. André Carpentier, dont il y est question, était le voisin de René Bünzli à Villennes : propriétaire de la Villa du Parc, juste en face de la sienne, la villa Albertina, il était le dirigeant de la société Agfa-Gevaert France.

LES ORIGINES DE LA CROIX DE MALTE
APPLIQUÉE AU CINEMA
Jean VIVIE

Dans notre Bulletin précédent, nous avions annoncé la poursuite de nos recherches sur les origines de la Croix de Malte. Voici qu'une étape supplémentaire peut être franchie dans ce sens, grâce à l'obligeance de M. A. CARPENTIER, le nouveau directeur de la Société AGFA-GEVAERT, qui - lors de la réception d'inauguration des nouveaux locaux de Rueil-Malmaison - eut l'occasion de nous montrer deux livres rares de sa bibliothèque, deux livres ayant appartenu à R. BUNZLI et que celui-ci annota.

Nous sommes particulièrement reconnaissants à M. A. CARPENTIER de nous avoir confié ces documents et nous avoir ainsi permis de préciser pour nos collègues quelques points encore ignorés de la petite histoire du cinéma.

On sait que ces deux brevets concernent l'application du mécanisme à Croix de Malte à l'entraînement de la pellicule perforée, le premier avec une croix à 5 branches, le second avec la croix à 4 branches à attaque tangentielle.

Il nous est donné de connaître maintenant le rôle joué par R. BUNZLI grâce aux annotations que celui-ci a portées sur deux livres lui ayant appartenu et qui font partie aujourd'hui de la bibliothèque M. A. CARPENTIER.
[...]
Sur la planche du Traité d'Horlogerie relative aux arrêtoirs, se trouve, de la main de Bunzli l'indication d'origine du mécanisme à croix de Malte.


"C'est de cette figure que j'ai tiré mon application au cinématographe en décembre 1895."

Les premières séquences de films stéréoscopiques

René Bünzli a réalisé, en 1900, quatre essais stéréoscopiques d'environ 10 secondes chacun. Serge Bromberg, historien du cinéma et directeur de la société de restauration Lobster Films les  a projetés et présentés, en décembre 2009 à Paris, puis lors de festivals internationaux. Des historiens du cinéma de renom, David Bordwell et Kristin Thompson, ont documenté cette projection sur le célèbre blog de critique et d'histoire cinématographique Observations on Film Art. Ils y ont décrit leur contenu, notamment deux scènes de vaudeville et de ménage légèrement grivoises (un homme rendant visite à sa maîtresse, et un autre découvrant sa femme au lit avec son amant).

Ces très courts films sur bande de papier ou pellicule ne sont pas des films de cinéma pour grand écran, mais ils ont été conçus spécifiquement pour l'Animateur stéréoscopique, un appareil de visionnage individuel, breveté par René Bünzli (brevet n° 294 549 du 21 novembre 1899, déposé en commun par Bünzli et Continsouza et brevet n° 296 332 du 20 janvier 1900, déposé au seul nom de René Bünzli), décrivant le fonctionnement d'un miroir oscillant synchronisé permettant de stabiliser les images stéréoscopiques imprimées côte à côte sans scintillement. Des fragments physiques de ces bandes de papier imprimées et des dessins techniques de l'appareil sont répertoriés dans des bases de données de collectionneurs, comme la Tangible Media Collection et le catalogue historique du site spécialisé Cinematographes.free.fr.

Ces fragments de 1900 sont aujourd'hui considérés comme les tous premiers essais de films stéréographiques avec de véritables sujets humains. Ils sont ainsi référencés dans des répertoires historiques comme le site de recherche de Ben Beck (First 3D movie - the human subject) ou le projet global de recherche PreCinema History (Chapitre 20 : 1900-1910).

Ses réalisations en Seine-Maritime

Avant de se fixer à Villennes, René Bünzli avait des attaches avec la ville de Saint-Nicolas-d'Aliermont, près de Dieppe.  La commune, où s'étaient développées des activités en horlogerie dès 1725, abrite certaines des réalisations de René Bünzli dans son Musée de l'Horlogerie.

Des ateliers de mécanique de précision

Il y avait implanté, en 1917, les célèbres Ateliers Vaucanson, en partenariat avec Louis Lamazière. De 1918 à 1955, ils fabriquaient des « mouchards de locomotive » (enregistreurs Flaman) ainsi que des machines à calculer, des pièces pour l'automobile et des appareils cinématographiques. La société Ericsson a acquis une place majoritaire dans l'entreprise. En 1955, l'usine a été agrandie et modernisée pour se lancer dans la fabrication d'appareils et de centraux téléphoniques. Dans les années 1970, près de 1 200 employés produisaient plusieurs millions d'appareils téléphoniques, chaque année, dans cette entreprise.

La construction d'une salle de cinéma

Il y a fait construire son cinéma en 1914, l'inaugurant le 24 décembre de cette  année. Derrière sa belle façade au fronton composé de briques et de balustres , se trouvait une salle de 700 places, équipée d'une scène de 10 m sur 4 m. Il a étét  acheté en 1924 par un fabricant d'horlogerie. Il l'a revendu en 1937 à la commune, qui l'a conservé jusqu'en 1963 . Devenu le «  Cinéma  Vox » , il a  fermé ses portes dans les années 70.