Emile Magitot, l'un des premiers médecins dentistes
(1833 - 1897)

 

Dr E. Magitot

Le médecin et l'ami

Louis Felix Emile Magitot s'est spécialisé dans les maladies de la bouche et les affections dentaires. Nous pouvons écrire qu'il fut l'un des premiers médecins, qui enlevèrent les maux de la bouche.

 

Il était le médecin de l'empereur Napoléon III ainsi que de Guy de Maupassant.

Il était également l'ami de ce dernier, qui l'a invité sur son bateau "Bel ami".

L'écrivain en parlait dans une lettre adressée à sa mère en avril ou mai 1891, où il évoque à la fois son mal de dent et sa prochaine croisière en mer, reproduite sur le site Web "Maupassant" :

Le docteur Magitot, membre de l'Académie, est celui qui vient d'écrire et va présenter à cette Académie un rapport violent et plein de faits dont les journaux ont déjà parlé sur la cocaïne.

Il porte à la connaissance de ses confrères, trois ou quatre morts par asphyxie, trente ou quarante cas d'empoisonnement durant de deux à six mois par une simple piqûre à la gencive, avec troubles dans le corps entier.

Cet homme est charmant et me connaît comme s'il était mon proche parent. Intérêt de lecteur pour l'écrivain.
Il sait toute ma vie comme moi-même, ma vie de canotier, car il a une maison à Villennes et connaît beaucoup Zola.
Il a vu ma maison d'Étretat, sait mon existence à Paris et, possédant un pied-à-terre à Théoule, m'a vu dans le Midi souvent.

Il a défendu l'extraction de l'autre dent, affirmant que je n'en souffrirai plus quand le trou de la première serait fermé. Tant que le maxillaire sera exposé à l'air j'aurai des accidents de l'œil et des sinus qui sont toujours atteints de névralgies. Il hâte beaucoup en ce moment la fermeture de ce trou par des pointes de feu à l'électricité, et je suis sûr qu'il me fera gagner au moins trois mois sur le travail normal de la nature.

Or, avant-hier, comme je n'avais pu aller le voir, il arrive chez moi. C'est un vieux bien entendu.
Il me dit : "Allons causons. Puisque j'ai la chance de vous rencontrer, ce que je désire depuis longtemps, je vais vous donner des conseils de sage, car vous avez mené une vie de travail qui aurait tué dix hommes ordinaires. Il y a longtemps que je le pense et que je voulais vous prévenir. Vous avez publié 27 volumes en dix ans, ce labeur fou a mangé votre corps. Le corps se venge aujourd'hui et vous immobilise dans votre activité cérébrale. II vous faut un très long repos et complet, monsieur. Je vous parle comme je ferais à mon fils. Ce que vous m'avez raconté de vos projets ne me dit rien de bon. Que comptez-vous faire ? Il faut d'abord quitter Paris aussitôt que j'en aurai fini avec votre bouche. Ne retournez pas à Nice, c'est une ville énervante comme aucune autre, en été, le port est un enfer, le mont Boron également."

J'ai parlé de mon bateau. Il m'a dit :
"Je le connais. Je le trouve très joli. C'est un charmant joujou, pour un garçon bien portant qui se promène en promenant des amis, mais ce n'est pas une habitation de repos pour un homme fatigué de corps et d'esprit comme vous.
Par les beaux jours, c'est l'immobilité sous le soleil éclatant sur un pont brûlant, à côté d'une voile éblouissante. Par les autres jours, c'est une inhabitable demeure sous la pluie, dans les petits ports.
Il serait deux ou trois fois plus grand et confortable comme un logis, je vous dirais allez-y. Ou bien, vous seriez dans un pays presque sans maisons, au bord de la mer et boisé, et seul, je vous dirais : Servez-vous tous les jours de ce bateau, mais ne vivez pas dessus sans autre domicile. Je vous voudrais très isolé, dans un pays très sain, ne pensant à rien, ne faisant rien, et surtout ne prenant aucun médicament d'aucune sorte. Rien que de l'eau froide.
"

Voilà !... Quant à moi, j'hésite tout à fait. Je ne sais plus que faire. J'ai envie pourtant d'essayer de la mer. [...]

J'attendrai que le temps soit tout à fait beau pour partir. Je passerai quelques jours à Nice, puis je prendrai la mer, en excursionnant beaucoup à pied sur les côtes.


Ses recherches en dentisterie-stomatologie

 

 

Ce médecin s'est intéressé à tous les sujets relatifs à la pathologie de la bouche, chez les humains et plus généralement chez les mammifères.

 

  Il a effectué un certain nombre de travaux sur le développement et la structure des dents humaines, sur les tumeurs du périoste dentaire, sur la genèse et l'évolution des follicules dentaires, les anomalies des dents chez l'homme et les mammifères, la carie, la greffe dentaire.

 

Le docteur Magitot a notamment démontré in vitro, en 1867, que la fermentation du sucre pouvait être la cause de caries dentaires.

 

Il a notamment développé des mesures d’hygiène scolaire. Dans le chapitre "Instructions à l’école maternelle" paru dans la revue d’hygiène de 1885, il donnait les règles à suivre : usage obligatoire de la brosse à dents sans aucun dentifrice, l’eau ordinaire devant suffire !

Il a également mené une campagne d'hygiène industrielle dans le but d'assainir les fabriques d'allumettes au phosphore blanc.

Le développement de la stomatologie et la polémique

Le Docteur Magitot a fondé une spécialité nouvelle, la stomatologie, créant en 1888 la Société de stomatologie de Paris et la revue de la Stomatologie. Il a conduit le combat de la dentisterie médicale, mené par les "stomatologistes" bénéficiant d'une formation réservée aux médecins.

Une forte polémique l'opposa ainsi que ses collègues, diplômés en médecine, aux dentistes qui pouvaient librement exercer leurs activités et qui leur reprochaient de vouloir créer un monopole à leur profit :

Vous voulez des privilèges, vous voulez que l'on immole à l'intérêt de 20 individus, peut-être 1500 à 1600 citoyens qui ne demandent rien et ne se plaignent de rien. Ce sont cependant des citoyens comme vous; comme vous, ils ont le droit de vivre. - Oh ! Ce ne sont pas des stomatologistes. Ecrivez sur chacune de vos portes : Ici, on enlève des maxillaires, en rhabille des luettes, on bouche les trous de la voute palatine, on coupe la langue, les maxillaires, on opère les tumeurs des mâchoires, on soigne le muguet, le noma et le scorbut, on arrache les dents… Ecrivez cela, c'est le seul droit que vous ayez. Nous, Dentistes, qui ne sommes ni privilégiés, ni universitaires, ni mécontents, nous ne faisons pas tout cela ; nous arrachons tout au plus les dents quand nous ne pouvons pas faire autrement.

Ses études en anthropologie

 

Passionné par l'anthropologie, Emile Magitot a fait partie des fondateurs de la Société d'anthropologie, dont il est devenu le président.

 

Son congrès de Pau en septembre 1892, au cours duquel des fouilles archéologiques furent organisées aux frais de l'association, laissera des souvenirs à certains participants ...

Ses écrits

 

Parmi ses autres ouvrages, on peut noter :

- Memoir on tumours of the dental periosteum (Dent Review, 1860),

- Recherches ethnologiques et statistiques sur les altérations du système dentaire (1867),

- L'homme et les singes anthropomorphes (Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paris, 1869),

- Traité des anomalies du système dentaire chez l'homme et les mammifères (1877),

- Rapport sur les questions ethnographiques et anthropologiques au congres de Pesth (1878),

- Origine et formation du follicule dentaire chez les mammifères (1880, avec Charles Legros et Mason S.Dean),

- Lettres sur la 1° Exposition internationale d’anthropologie criminelle, Rome 1885 (La Semaine médicale, 1885).

Ses distinctions

 

Emile Magitot a été nommé chevalier de la Légion d'Honneuren 1877 en tant que membre des sociétés de chirurgie, de biologie et d'anthropologie et membre de l'Institut.

Ses états de services mentionnent que, pendant le siège de Paris en 1870, il était chirurgien du 81ème bataillon de la Garde nationale.

Sa villa villennoise

 

Il a fait construire à Villennes, vers 1880, la villa "La Nourrée". Celle-ci fut achetée après son décès par un autre médecin, qui le connaissait certainement bien, le docteur Henri Redon.

 

Anthelme Combe, autre médecin stomatologue

Un élève d'Emile Magitot

Émile Magitot, fut certainement informé de la vente de la maison voisine, la Collinette.  

 

 

En effet, l'acquéreur fut le docteur Anthelme Combe, stomatologue comme lui, dont il avait été l'élève.

Sa thèse avait eu, en 1879, pour sujet : De l'acide arsénieux dans ses applications à la thérapeutique de la carie dentaire.

Il était l'auteur d'un ouvrage publié en 1891 par Alcan : Deux cents opérations de petite chirurgie de la bouche pratiquées à l'aide de la cocaïne, en injections. Résultats, mode d'emploi, avantages sur le chloroforme, conclusions.

Son épouse

Anthelme Combe a épousé Jeanne Elisa Roquencourt, qui était vraisemblablement la fille de son voisin, Victor Armand Roquencourt (parfois écrit Rocquencourt), comme nous l'apprend le contrat de vente du château de Villennes par Marie Henriette Paradis et son époux, Louis Auguste Dupont, à Hippoplyte Pichard du Page. De nombreuses hypothèques provenaient de prêts consentis par plusieurs personnes, dont Victor Armand Roquencourt en 1890. Après son décès, sa fille Jeanne Elisa Combe était devenue l'une des créancières.

Les amis de la famille

Anthelme Combe a-t-il rencontré sa future épouse à Villennes ou bien est-ce lui qui aurait fait venir sa famille à Villennes pour acquérir la villa La Bicochette à côté de chez lui ?

En septembre 1900, un certaine Madame Pichon séjournait chez le docteur Combe, comme il était écrit dans le journal Le Figaro :

Mme Pichon, mère du ministre de France en Chine, qui se trouve actuellement chez le docteur Combes, à Villennes, vient de recevoir de son fils la dépêche suivante datée de Tché-Fou :

2 septembre Sauvés. Bonne santé. Embrassons parents, amis

 

La Révolte des Boxers était une révolte, initiée par une société secrète pratiquant le Kung Fu (dit « boxe chinoise », entre 1899 et 1901. Ce mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux étrangers et à la dynastie mandchoue des Qing qui gouvernait alors la Chine, fut utilisé par l'impératrice Cixi contre les seuls étrangers, conduisant à partir du 20 juin 1900 au siège des légations étrangères présentes à Pékin. Cet "épisode des 55 jours de Pékin" se termina par la victoire des huit nations alliées contre la Chine (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis).

Stephen Pichon (1857-1933) deviendra Ministre des Affaires étrangères.
Ce dernier était un ami du fils du docteur Combe.

Le lendemain, des précisions étaient apportées :

UNE AME FRANÇAISE

J'ai eu, hier, le grand honneur de saluer Mme Pichon, j'entends la mère de notre vaillant représentant en Chine.
Depuis quelques semaines, je la savais à Villennes, entourée, sous les ombrages de la jolie villa Roquencourt, des paroles réconfortantes du docteur Combe, un ami de son fils, des soins touchants et de la grâce délicate de Mme Combe. Mais, avant la dépêche d'hier, - ce premier mot, si impatiemment attendu du fils à sa mère "Rassure-toi, maman ; nous sommes sauvés" qui eût osé importuner, même d'une sympathie respectueuse, les angoisses de cette mère dont le fils, là-bas, à des milliers de lieues, était peut-être martyrisé pour la France ?
Un ami de la famille, à propos rencontré, m'avait dit
- En dépit de ses soixante-dix-huit ans, la mère de Pichon a été extraordinaire de courage et de fermeté, pendant ces deux mois de tortures morales. Elle n'a jamais voulu désespérer. Savez-vous quand elle a laissé couler, devant nous, ses premières larmes ? Hier seulement, quand elle a appris, de lui-même, qu'il était sauvé. Un caractère, cette femme, je vous l'assure.
Un caractère, oui certes ! Et aussi une âme de Française, douce et intrépide. Telle, dans sa robe noire, sous sa coiffure sombre égayée de nœuds mauves, avec ses cheveux blancs, sa courtoisie d'aïeule, ses traits pâles mais fiers, ses mains encore tremblantes des émotions torturantes, Mme Pichon m'est apparue - dans le grand hall clair où j'étais admis à lui présenter les hommages et les félicitations du Figaro.
Pour la première fois, depuis les terribles semaines, elle s'efforçait de sourire, et cette joie encore inquiète avait, sur ses lèvres déshabituées du sourire, une grâce attendrissante. Oui, me dit-elle quand je lui parle du bienheureux télégramme de la veille, ç'a été un grand bonheur pour mon pauvre cœur déchiré !... Enfin, j'avais donc quelque chose de lui !... Je savais bien que les légations avaient été délivrées et que vraisemblablement mes enfants étaient sauvés ; mais je réclamais davantage... Il fallait à mon cœur autre chose que les assurances, les encouragements, les bonnes paroles que j'entendais de partout. Vous comprenez, n'est-ce pas ? Je voulais quelque chose de lui, avec sa signature au bas, sa signature !
Les mains tremblantes de Mme Pichon se joignent instinctivement sur ses genoux, et sa voix se brise quand elle poursuit, les yeux pleins de larmes :
- C'est que j'ai tant souffert !... Je puis le dire maintenant ! Tant qu'il n'y avait rien de certain, je voulais espérer, confiante en Dieu et dans le courage de mon fils. Mais je n'aurais jamais cru qu'à mon âge on pût être torturée de la sorte ! Pensez que mes deux enfants, mon fils et ma belle-fille, car je ne les sépare pas dans ma tendresse... non, je ne les sépare pas !... étaient enfermés, assiégés, menacés par ces barbares et qu'une mort affreuse les attendait peut-être. Ah mon Dieu !...
Il y a un silence - si douloureux !- que je n'ose rompre, gagné à mon tour par cette émotion poignante. Doucement, la malheureuse mère reprend :
- J'ai adressé à Dieu de si ferventes prières ! Je lui aurais bien dit : Mon Dieu, prenez ma vie en échange de la sienne. Mais eut-ce été la peine ?... Pour les jours qui me restent à vivre...
Oh ! Madame ! Les pauvres mains tremblantes se décroisent ; un demi-sourire effleure les .lèvres pâlies de Mme Pichon.
Songez, monsieur, que c'était la première fois que je quittais mon fils... J'étais restée seule avec lui, après avoir perdu mon mari et deux autres enfants, un fils déjà grand !... Ce sont là des douleurs atroces, monsieur ! Aussi, je ne m'étais jamais séparée de lui. J'étais même allée au Brésil. Quand il a été nommé, en Chine, il n'a pas osé m'emmener. Le capitaine de l'Indus lui avait dit que je ne pourrais pas supporter la mer Rouge. Je me suis résignée. Pourtant, si j'avais su ce qui allait se passer, comme je serais partie, mon Dieu !... Pour les soigner. Pensez-donc, dans quel état de santé doivent-ils être, ces pauvres enfants !
- Pourtant, madame, le télégramme de M. Pichon devrait vous rassurer sur ce point.
- Non, pas encore ... Je sais bien qu'ils sont sauvés, mais, après ce siège, ces tortures, sont-ils bien portants ?... Ils n'avaient qu'une ration de cheval tous les deux jours ! Des contagions peut-être autour d'eux ! Ah! les pauvres enfants !... Vais-je seulement les revoir ?...
J'ai une exclamation
- Mais certainement, madame... Les événements de Chine permettront bientôt à M. Pichon de rentrer en France. A vos angoisses vont succéder les joies du retour. Plus de jours sombres !... Pensive, Mme Pichon hoche doucement la tête.
- Il ne reviendra que lorsque son devoir lui permettra de revenir. Pas avant ! Je le connais bien, monsieur. Je l'ai élevé dans l'amour du devoir, et dans l'amour, de la France. Ce brave enfant ne s'est jamais départi de l'un et de l'autre. Oh ! pour cela, j'étais bien tranquille. Je savais que là-bas, il se conduirait en bon Français ; qu'il ne consentirait pas, même la mort sur sa tête, à s'échapper, tant que ses compagnons ne seraient pas sains et saufs ! Cette idée, que, quoi qu'il arrivât, il ferait toujours son devoir et tout son devoir, en digne fils de la patrie, cette idée-là, oui, monsieur, m'a aidée, oui, à supporter les épouvantes et les cauchemars des deux mois écoulés...
A parler ainsi, la taille de Mme Pichon s'est redressée. Elles ne tremblent plus, les mains douloureuses de tout à l'heure. Les traits de la noble femme se sont empreints d'une dignité inexprimable le regard, franc et droit, s'éclaire d'énergie douce et de foi patriotique
- Oui, dit-elle, simple et grande, en paroles lentes, qui tombent avec une sorte de majesté, je voulais qu'il fit son devoir ; je savais bien qu'il le ferait et qu'il lutterait jusqu'au bout pour la patrie. Puisqu'il est Français, n'est-ce pas ?
Très bas je m'incline et je parle des témoignages de sympathie venus de partout.
- Il n'y a pas eu un seul cœur de mère ou de patriote dans ce pays, qui n'ait souffert de vos angoisses, madame.
Attendrie maintenant, elle me dit les témoignages de sympathie, arrivés à Mme Verdier-Dollfus la mère de Mme Pichon jeune et à elle, les soins exquis de Mme Combe, les télégrammes, les messages des Conseils généraux (celui de la Côte-d'Or surtout, a beaucoup ému cette Bourguignonne), les lettres d'encouragement, un billet exquis que M. Millerand, l'ami de son fils, lui a envoyé.
- Même des inconnus m'écrivaient pour me dire que je reverrais mon fils, que j'avais le droit d'être flère de lui. qu'il se comportait là-bas en vrai Français !
Puis, soudain, de nouveau mordue au cœur par son incessante inquiétude vous la connaissez bien, cette angoisse, ô mères des fils absents ! - elle repart :
- Pourvu que ce télégramme dise vrai !... qu'il ne soit pas malade !...

Si du moins j'étais là-bas, pour le soigner ! Je garderai longtemps l'admiration de cette âme héroïque et tendre.

Serge Basset

Henri Redon, médecin militaire
(1855 - 1921)

Après ses études de médecine à l'Ecole du Val de Grâce, Henri Redon y fut affecté à son hôpital militaire avant de rejoindre celui d'Oran en Algérie puis l'hôpital de Mascara. En 1882, il fut chargé de mission scientifique en Egypte et en Algérie.

 

Après avoir été médecin à l'Ecole Polytechnique et dans deux régiments d'infanterie, il participa à la campagne de 1888 avec 1er régiment de tirailleurs algériens et le 2ème régiment de spahis avant de rejoindre le 2ème régiment de chasseurs d'Afrique.

Ses campagnes d'Afrique et les blessures qu'il avait subies en service commandé, en 1883, lui ont valu d'être fait chevalier de la Légion d'Honneur, dix ans plus tard.

La Villa de la Nourrée, qu'il avait acquise après la disparition d'Emile Magitot fut vendue, vers 1920, à Jacques Cattauï, peut-être après son décès.

 

Edouard Binet, médecin en chef des Quinze-Vingts
(1855 - 1916)

Né à Villennes comme de nombreux ascendants, Edouard Louis Antoine Binet était un arrière-petit-fils d'Ambroise Eléonore Binet, maire de 1848 à 1860 ; celui-ci était issu d'une famille, qui s'était alliée à une descendante du premier maire, Jean Laurent Menard, agriculteur : un fils de son oncle paternel avait épousé la petite-fille de ce dernier ...

Après avoir renoncé à la succession de son père, pharmacien à Rueil, propriétaire du Bois des Falaises, il s'en est porté acquéreur à l'issue de l'audience des criées du Tribunal de Versailles du 13 mai 1897. Il avait peut-être vu le parti qu'il pouvait en tirer, en le vendant par lots. Il a également possédé la villa Clairefontaine.

Voici sa notice biographique, publiée dans le Dictionnaire national des contemporains : contenant les notices des membres de l'Institut de France, du gouvernement et du parlement français, de l'Académie de médecine.... (sous la dir. de C.-E. Curinier Éditeur : Office général d'éd. de librairie et d'impr. à Paris ; 1899-1919).

Médecin, publiciste, né à Villennes-sur-Seine (Seine-et-Oise) le 23 février 1855. II fit ses études médicales à la Faculté de Paris. Docteur en 1883, chef de laboratoire (1882-1883), médecin-adjoint des Quinze-Vingts (1899), médecin en second (1902), il est devenu médecin en chef de cet établissement en 1903.

M. le Dr Binet est, d'autre part, médecin inspecteur de la ville de Paris depuis 1884, de la crêche du IVe arrondissement depuis 1887, du dispensaire du XIIe arrondissement depuis 1893, et médecin de l'Ecole Braille depuis 1900.

Professeur à l'Union des Femmes de France depuis 1880, le Dr Binet est administrateur et secrétaire général de la Société nationale de retraite et de secours des Sauveteurs médaillés du gouvernement français ; il est en outre médecin de la Société amicale et de prévoyance de la Préfecture de police, de la Société de protection mutuelle des Voyageurs de commerce, de la Société de solidarité du Gaz, de la Société l'Epargne, etc. En 1900, il fut médecin du Dahomey et de ses dépendances à l'Exposition universelle et membre du Comité Central franco-américain de Buffalo en 1901.

 

Outre sa thèse sur le Rôle de la syphilis dans la cécité (1883), M. le Dr Binet a publié, entr'autres travaux importants la Médecine maternelle vol. 1897) ; Hygiène de la jeune mère et du nouveau-né (1 vol. 1894) et plusieurs brochures sur la Tuberculine, l'Eau potable, la Méningite tuberculeuse, le Choléra, la Rage chez les animaux domestiques, etc.

Il a, d'autre part, donné de nombreux articles de vulgarisation dans le Journal de Thérapeutique et de Clinique infantiles, la Revue Indépendante des Sciences Médicales, le Bulletin de la Clinique Ophthalmologique, la Revue du Dahomey, les Actualités diplomatiques, le Génie Colonial, l'Africaine, etc. M le Dr Binet est officier de l'Instruction publique, chevalier du Mérite agricole, officier de l'Etoile noire du Bénin, du Nicham Iftikar, du Nicham El Anouar ; il a reçu les médailles d'argent, de bronze et d'or de la mutualité, d'honneur de sauvetage des épidémies, de vermeil de l'Union des femmes de France, celle de l'Alliance française, etc.


M le Dr Binet est officier de l'Instruction publique, chevalier du Mérite agricole, officier de l'Etoile noire du Bénin, du Nicham Iftikar, du Nicham El Anouar.

Etoile noire du Bénin
(Dahomey)


Nicham-Iftikar
(Ordre de la Victoire, en Tunisie)


Nicham El Anouar
(Sultanat de Tadjourah à Djibouti)


Il a reçu les médailles d'argent, de bronze et d'or de la mutualité, d'honneur de sauvetage des épidémies, de vermeil de l'Union des femmes de France, celle de l'Alliance française, etc.

L’hôpital des Quinze-Vingts (15 x 20 = 300), devenu le Centre Hospitalier National d'Ophtamologie, présente ainsi son histoire :

Il a été fondé par le roi Saint Louis au 13ème siècle. La volonté du roi était d’héberger dans un local adapté trois cents parisiens aveugles jusqu’alors délaissés par tous et généralement réduits à une vie misérable. Saint Louis rassembla ces aveugles en une congrégation organisée à la manière des ordres religieux. Selon la manière ancienne de compter par vingtaine, la communauté devait donc comprendre quinze fois vingt membres, et dès le Moyen Age, il fut courant de désigner l’institution sous le nom de congrégation des Quinze-Vingts. L’établissement se trouvait à l’origine situé dans un espace s’étendant de l’actuelle place du Palais-Royal jusqu’au milieu des jardins des Tuileries. Il fut transféré à la fin du 18ème siècle vers le faubourg Saint-Antoine, dans une ancienne caserne des mousquetaires.

 

 

Edouard Binet était l'un des deux représentants plénipotentiaires du roi du Montenegro, lors de la réunion de la Société des Nations du 17 janvier 1912.

Celle-ci avait pour objectif d'apporter dans les dispositions de la Convention sanitaire, signée à Paris le 3 décembre 1903, les modifications que comportent les données nouvelles de la science et de l'expérience prophylactiques, d'établir une réglementation internationale relative à la fièvre jaune et d'étendre autant qu'il est possible, le champ d'application des principes qui ont inspiré la réglementation sanitaire internationale.

 

Gaston et André Durville, médecins naturistes
(1887-1971) et (1896-1979)

 

Les deux frères, fondateurs de Physiopolis, la première cité naturiste de France, étaient très présents dans l'île de Platais à Villennes avant de poursuivre leurs activités à Héliopolis, dans l'île du Levant en Méditerranée.

Ils avaient des caractères complémentaires : l'aîné, Gaston, théoricien du naturisme, a associé André à toutes ses activités, trouvant en lui des qualités d'organisation.

Afin de comprendre leur parcours, nous devons d'abord nous intéresser à leur père Hector (1849-1923), qui leur a beaucoup appris.

Leur frère Henri (1888-1963) qui, après leur père, a été l'éditeur-imprimeur de certains de leurs ouvrages doit, également, être présenté.

Leur père, Hector Durville

Fils d'agriculteur, médecin autodidacte, il utilisait et propageait des méthodes non classiques.

Divers actes d'état-civil montrent l'évolution des professions qu'il déclarait officiellement :

1887-1888 : journaliste
1896 : magnétiseur
1916 : imprimeur-éditeur et professeur de sciences
1923 : professeur de sciences naturelles


 

Le médecin (non diplômé)

 

 

Plusieurs de ses ouvrages montrent qu'il proposait des solutions pour combattre diverses maladies, dermatologiques, pneumologiques, gynécologiques, ainsi que les paralysies.

Cliquez sur l'image du livre, pour en voir d'autres.

 


Le magnétiseur

 

La plupart de ses livres concernaient toutefois sa spécialité, le magnétisme.

Il en avait découvert les pouvoirs, en soignant un de ses frères atteint par une épidémie de dysenterie en 1861.

Il écrivit plusieurs dizaines d'ouvrages et de brochures, dont l'un consacré au monde animal.

Cliquez sur l'image du livre.


Il reprit la publication du Journal du Magnétisme et du psychisme expérimental, fondé une trentaine d'années plus tôt

 

Pour enseigner le magnétisme et propager sa pratique, il fonda l'Ecole pratique de magnétisme et de massage ainsi que la Société magnétique de France.


Le spirite, occultiste

Comme de nombreux contemporains, il s'adonnait au spiritisme.

Divers livres, tels que celui-ci, lui donnèrent une réputation d'occultiste.

L'ordre eudiaque

Hector Durville fut le fondateur d'une société à vocation initiatique qui visait à magnifier la personne humaine.

Ci-dessous, une image de cet ordre.

L'une des faces porte l'inscription L'Eudianum protège et guérit. La deuxième face, représentant un homme tendant les bras vers le soleil.

Cliquez sur son image (à droite) pour faire apparaître un autre symbole qui semble avoir été directement inspiré par celui-ci.

 


 

C'est celui choisi par les fondateurs de la Société naturiste et de Physiopolis, Gaston et André Durville. D'une génération à la suivante, la famille Durville est restée inspirée par l'Antiquité, passant de l'Egypte, que l'on trouve dans les rites de cet ordre eudiaque, à la Grèce.

Leur frère, Henri Durville


L'héritier de l'Ordre eudiaque



Dans une note de ce livre, l'éditeur, Henri Durville, donne des informations sur l'Ordre eudiaque, dont il avait repris l'animation après son père :

Ce que ne peut faire un adepte isolé, un groupement spiritualiste peut l'obtenir. Cette action est l'un des buts que poursuit l'Ordre eudiaque. Innombrables sont ceux qui souffrent et désespèrent. Que ce soit leur corps ou leur âme qui soit blessé, qu'ils soient en butte à des difficultés, ceux-là peuvent participer à ce groupement avec la certitude d'être aidés. Beaucoup ont à redouter l'hostilité, la haine qui se manifeste sous une forme ou sous une autre. A tous, l'Ordre eudiaque apporte une aide utile.


Cet ouvrage, dont Henri Durville était l'auteur, l'éditeur et l'imprimeur, était réservé aux membres de l'ordre.

Il a également édité, à partir de 1928, la revue Eudia qui propageait l'Initiation eudiaque.

Ce livre avait encore des lecteurs à la fin du XXe siècle ; la note suivante, placée dans sa réédition de 1998 par l'éditeur, peut-elle nous éclairer ?

L'auteur dévoile dans ce livre le symbolisme des ailes qui manifeste l'envol de l'initié vers les puissances suprêmes source de tout bien, puis l'arcane très secret de la vérité de parole, de cette parole magique qui confère aux formules de toute nature la puissance réalisatrice sur tous les plans. Il traite tous les rapports avec la pensée Divine et prépare à l'arcane de la vérité de parole, clé de la Science des Mages.


Du magnétisme au psycho-naturisme

Henri Durville a poursuivi les activités de son père dans la pratique du magnétisme, exerçant librement la médecine comme lui.


Dans son école, il professait "les principes de physique dynamique", démontrant les différences entre le magnétisme et l'hypnotisme.

Dans la fondation, qui portait son nom, il a toutefois développé ses propres méthodes thérapeutiques, qualifiées de "médecine psycho-naturiste". Plusieurs ouvrages montrent l'importance qu'il accordait à la psychologie.

Cliquez sur l'image.


 

L'éditeur-imprimeur

Henri Durville a repris, également, les activités d'édition et d'impression de son père.

Amateur et spécialiste de la magie, il a édité et imprimé des livres de divers autres auteurs sur des sujets plus ou moins ésotériques … comme certains des siens.

 

Cliquez sur l'image.

 

Il était l'imprimeur-éditeur des ouvrages de ses frères Gaston et André, que nous vous présentons ci-après.


Gaston Durville

Il a fait de réelles études de médecine, soutenant en 1911 sa thèse intitulée Étude étiologique de l'hypnose.

Il développa peu à peu une médecine naturiste, ouvrant un institut de médecine naturelle.

La photo suivante, publiée dans l'une des publications des deux frères, le montre alors qu'il participait à des travaux de terrassement de Physiopolis.

 


La deuxième le présente donnant une leçon de stretching ; on disait à l'époque "gymnastique par étirements". Très sportif, il avait pris part au marathon préolympique de 1928, après s'être illustré dans diverses épreuves de course à pied : championnat de France universitaire de cross-country, Paris Versailles, Paris-Corbeil, ...

Il créa en 1923 la revue La Vie sage, éloge du plein air, qui fut ultérieurement renommée Naturisme, le grand hebdomadaire de culture humaine.

 


 

Il publia plusieurs ouvrages sur son approche de la médecine, en particulier son livre de référence La cure naturiste

Cliquez sur l'image.


André Durville

André, né 9 ans après Gaston, devint également médecin. Sa thèse de 1924 était intitulée L'action de la pensée sur les phénomènes de nutrition cellulaire ; elle a été ainsi qualifiée : "Très intéressant travail sur les phénomènes de psycho-somatisme".

La première photo montre sa carrure athlétique.

Sur celle de droite, il est vêtu de la tunique, qu'il portait avant et après les exercices sportifs ; c'était en quelque sorte le survêtement des naturistes.

 

La collaboration entre les frères Gaston et André

Leur œuvre littéraire

 

Ils signèrent ensemble deux livres complétant La cure naturiste, ainsi que quelques autres.

Cliquez sur l'image.

L'institut médical

Ces écrits développèrent la clientèle de leur institut, situé dans la rue Cimarosa à Paris. Ils le décrivaient appliquant des méthodes modernes de sympathicothérapie parallèlement aux procédés naturistes.

Il était équipé d'une façon moderne pour effectuer scientifiquement les diverses recherches utiles au diagnostic (laboratoire de radiologie, laboratoire d'analyses chimiques et bactériologiques, laboratoire de physiologie - électrocardiographie, métabolisme basal).

Chaque dimanche matin, cet institut proposait une "clinique gratuite" pour les plus démunis.

 


L'alimentation naturiste

Ils donnaient également des conseils diététiques.

 

 

Précurseurs d'organisations et de médecins qui, aujourd'hui, font fabriquer et vendre, sous leur nom, des produits conformes à leurs méthodes, Gaston et André Durville s'associèrent à la maison Madolin pour commercialiser des aliments naturistes.


Médecine et naturisme

Le naturisme, dont Gaston et André Durville, furent les apôtres et les propagateurs, perdra, plus tard, sa justification thérapeutique ; celle-ci fut maintenue, toutefois, avec les sanatoriums naturistes, dont l'action de l'air et du soleil sur la peau motivait leur fréquentation. Les deux frères médecins utilisaient, à l'origine, un argumentaire de type médical, préconisant l'exposition aux éléments pour stimuler les capacités naturelles de défense contre les maladies., comme le montrent ces deux couvertures de leur revue Naturisme.

 

 

Les cités de nature

Ils fondèrent, en novembre 1927, une association baptisée Société Naturiste, dont l'objet était de lutter contre les effets désastreux du calfeutrement et de la vie sédentaire au moyen de cure d'air, de soleil et de mouvement en plein air avec des vêtements sportifs et simplifiés. Elle souhaitait, également, lutter contre l'intoxication mentale par l'apaisement cérébral que procure le calme de la nature.

Son but était d'acquérir des terrains où les membres pourraient pratiquer le sport et vivre selon les préceptes du naturisme, en pratiquant des sports. La revue La Vie Sage décrivait ce rêve d'une cité idéale :

Physiopolis ne sera pas une ville comme les autres ; résidence d'été elle ne comportera que des pied-à-terre modestes mais confortables. Les grandes propriétés n'existeront pas à Physiopolis. Pourquoi posséder à soi un terrain, quand chaque naturiste a la jouissance de vastes parcs, de bois, d'immenses stades, où l'on peut s'ébattre en commun ?


Les principales oeuvres de Gaston et André Durville furent, ainsi, la création et l'animation de deux centres naturistes dans des îles aux climats très différents :
Physiopolis, la première cité naturiste française, fondée en 1928 dans l'île de Platais à Villennes,
Héliopolis, dans l'île du Levant, qualifiée à l'origine en 1932 de Physiopolis de la Méditerranée.

Pour lire la suite sur Physiopolis, cliquez sur le symbole que les deux frères médecins choisirent comme logo pour la Société naturiste et pour Physiopolis.

 

Principales sources :

A Physiopolis, la cité de nature de Villennes-sur-Seine - La doctrine naturiste des docteurs Durville par Isabelle Duhau (Actes du Xe colloque d’histoire régionale de la fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Île-de-France, tome 56, 2005.)

Revues La Vie Sage et Naturisme, Livre A l'île des naturistes de G. & A. Durville, divers sites Internet

 

Fernand Hanon, gynécologue,
l'un des "accoucheurs" de la France Libre

 

Né en Tunisie, il vint assez jeune en France où il étudia la médecine.

Gynécologue-accoucheur, il fut professeur au Collège des Hôpitaux de Paris et chef de service de la maternité de Nanterre.

Il était notamment, l'auteur d'ouvrages sur le liquide amniotique et l'accouchement conditionné.


Pendant la guerre, il entra dans la Résistance et rejoignit à Londres le Général de Gaulle et les hommes de la France libre.

Avec la coopération de l'Intelligence Service, André Dewavrin, dit le colonel Passy, avait créé en 1940 le Bureau Central de Renseignements et d'Action, dont le but principal était de recueillir des informations sur les manœuvres militaires allemandes tout au long des côtes de l'Atlantique et de la Manche.

 

Il y avait également un service des renseignements non militaires, dont le Docteur Fernand Hanon a pris la responsabilité. Il s'occupait des liaisons, au moyen de parachutages et de débarquements d'agents clandestins puis d'atterrissages de petits avions, et des transmissions par radio.

Après la guerre, le Docteur Fernand Hanon a conservé des liens avec Lazare Rachline, qu'il avait connu au BCRA. Celui-ci était un ami de Marcel Bleustein-Blanchet, dont le beau-frère, Wolf Lévitan, lui a loué sa propriété Castel Villennes. Alors que le patron de Publicis avait acheté une maison dans l'île de Villennes, il a acquis la villa Clairefontaine.

 

Le Docteur Fernand Hanon fut le premier président de l'Association Culturelle de Villennes, dans le cadre de laquelle se développe ce site Internet de la mémoire de Villennes.