Un squelette de béton pour la Maison de fer de Poissy
La mémoire de Villennes·Vendredi 11 octobre 2019·Temps de lecture estimé : 7 minutesPublic

Nous avions annoncé que nous compléterions notre article sur la visite du chantier de la Maison de fer, lors des récentes Journées du patrimoine. Le temps nous a manqué, dans les dernières semaines, pour apporter des compléments, notamment en répondant, à partir des explications du dirigeant de la société Trio Ingénierie qui a conduit la visite, à la question “Pourquoi la structure de ce bâtiment métallique est-elle en béton ?”.

Le débat sur la notion de “reconstruction à l’identique’

Cette question vient d’être remise à l’actualité, suite à un débat au conseil municipal de Poissy, relaté par Le Courrier des Yvelines, dans son édition du 9 octobre 2019.
En voici une transcription :
En conseil municipal, Tchérylène Mairet, élue d'opposi­tion s'est exprimée au sujet du projet en cours de reconstruc­tion de la Maison de fer dans le parc Meissonier.
« La Maison de fer est brevetée métallique du sol au plafond avec la particu­larité d'être entièrement démontable, a-t-elle déclaré. C'est une sorte d'ancêtre du préfabriqué du XXe siècle. Vu la reconstruction de la Maison Danly avec une structure en béton, des murs en parpaing et un ascenseur en projet, je me demande : qu'est-ce qui n'a pas été compris dans les mots « entièrement démontables » et « métal­liques du sol au plafond » ?
Si Danly avait voulu uti­liser du béton, il l'aurait fait car le matériau était connu et commençait à être exploité dans diffé­rents projets.
La reconstruction de la Maison Danly sur la base du brevet aurait été un formidable défi culturel, technique et architectu­ral. L'ambition culturelle était bien de retrouver le savoir-faire. Sans doute, une reconstruction dans sa version initiale n'aurait pas été viable pour accueillir des activités. Cette mai­son n'aurait été qu'un site remarquable et visitable. La destination que vous envi­sagez n'en fait qu'une salle municipale style Dandy. Je regrette ce choix. [...] »
« Pas un projet figé »
Florence Xolin, adjointe au patrimoine de répliquer en premier : « Le patrimoine est quelque chose de vi­vant. Le projet comporte un équipement culturel à l'intérieur de la Maison de fer. C'est intéressant car il va permettre de donner sens à la Maison de fer et de renvoyer les visiteurs vers d'autres aspects du patrimoine de Poissy. L'idée n'était pas d'en faire un projet figé ni un objet à côté duquel on passe, mais de faire rayonner cette Maison de fer. Il fallait répondre à des normes et obligations. »
Le maire, Karl Olive, a enchéri : « Depuis les années 1900, des normes sont passées par
là : normes de sécurité, d'accessibilité pour les personnes à mobi­lité réduite. Tout cela est régi par les Architectes des bâtiments de France. Je me félicite tous les jours que nous puissions donner une nouvelle vie à cette Maison de fer avec des normes res­pectées.
Je me souviens de M. Allaouchiche avec comme projet d'en faire un mu­sée de l'ornement métal­lique. » Le maire a également rappelé l'apport de 5 M€ du Département au profit du cir­cuit patrimonial et touristique de Poissy dans lequel s'inté­grera la nouvelle Maison de fer et de l'aide des mécènes, dont le Crédit Agricole Île-de-France avec la somme de
80 000 €.
Enfin, Vincent-Richard Bioch, adjoint à la culture a conclu, en ces termes : « Tous les monuments d'histoire sont restaurés. Cette res­tauration, le plus souvent, n'est pas le plus conforme à l'original. Si l'on prend la cathédrale Notre-Dame de Paris, Viollet le Duc a construit la flèche en 1860. Elle était en bois et en plomb. Il avait utilisé les moyens modernes de son époque. Il n'y avait pas beaucoup de Mme Mairet à l'époque pour s'opposer à cette initiative. [...] Refaire la Maison de fer à l'identique, c'était se condamner à ne pas pouvoir l'utiliser ».
L’évocation de Notre-Dame de Paris est tout à fait judicieuse, d’autant plus qu’un débat de même nature est apparu pour la reconstruction de sa toiture et de sa flèche après l’incendie du 15 avril 2019. Nous ne prendrons pas parti dans le choix entre une reconstruction de la flèche à l’identique et son remplacement par une oeuvre contemporaine. Il est important que la nouvelle toiture ait l’aspect extérieur de celle qui a existé pendant 856 ans ; toutefois, pourquoi ne pas remplacer les tables (tuiles) de plomb par de nouvelles réalisées en un matériau de même aspect mais moins nocif lorsqu’il se dégrade. En ce qui concerne la charpente, plutôt que d’abattre les arbres centenaires de plusieurs forêts, nous préférerions une charpente métallique, plus résistante et dégageant un grand espace accessible et utilisable, telle que celles de la Cathédrale de Chartres qui a été construite en 1837, après l’incendie de l’année précédente et de la Basilique Saint-Denis, refaite en 1844-45.

Rappel du projet

Plutôt que de vous faire lire un résumé de l’histoire de cette maison métallique et du projet de sa reconstruction, nous vous proposons de voir une vidéo publiée par la Ville de Poissy : le projet de reconstruction de la maison de fer.

Un nouveau bâtiment culturel ayant l’aspect de l’ancienne Maison de fer

Après sa reconstruction, la maison de fer ne sera pas, comme à son origine, destinée à l’habitation d’une famille. De plus, elle devra pouvoir résister à une nouvelle violente tempête et ne pas recevoir les eaux pluviales du terrain pentu qui la dominera.
Elle devrait être un lieu d’expositions et de rencontres, dans le cadre d’une nouvelle entité : un Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine (CIAP). C’est pourquoi elle doit disposer de grands espaces, d’un sous-sol non inondable pour entreposer divers matériels, avec un accès direct, et d’un ascenseur. Ce sont les raisons de la structure de béton qui, à l’automne 2019, est le seul élément visible. De plus, une pièce qui n’existait pas à l’origine sera accolée à la maison, afin de servir, notamment, de lieu de réunion.
Deux types de contraintes réglementent la construction de ce bâtiment :
- Les normes en vigueur, en France pour les nouvelles constructions
Bien que la certification HQE (haute qualité environnementale) ne soit pas visée, la “peau” métallique sera recouverte, intérieurement, d’une couche de matériau d’isolation.
- L’accord d’un Architecte des bâtiments de France
Cette obligation provient de l’inscription, en août 1975, de la façade et la toiture au titre de monument historique.
Dans l’espace du chantier, à proximité de la maison en construction, se trouve un assemblage de plusieurs panneaux métalliques, de différentes dimensions, qui constitueront les façades du bâtiment : certains anciens, issus des 40 % d’origine qui ont pu être récupérés, et de nouveaux, identiques, réalisés par une société spécialisée dans l’emboutissage.
Cette construction provisoire a plusieurs buts :
- Montrer la technique d’assemblage aux divers intervenants : de nouvelles pièces ont été conçues et réalisées pour assembler les panneaux, de manière plus efficace qu’à l’origine et moins visible dans les angles.
- Permettre à l’Architecte des bâtiments de France de valider les nouveaux panneaux, notamment leur peinture respectant la chromatique d'origine.
Lors de notre visite, nous avons été étonnés de ne voir du “fer” que sur cet assemblage de tôles et, seulement, du béton à l’emplacement de la future maison. Après les explications que nous avons résumées, bien que nous soyons de fervents défenseurs de notre patrimoine, trop souvent défiguré ou détruit, nous ne pouvons qu’approuver les objectifs de la reconstruction de la Maison de fer de Poissy et les techniques qui ont été choisies.
Michel Kohn

Lire nos articles précédents sur les maisons métalliques construites selon le procédé de Joseph Danly :