La mort tragique d’un ancien résident villennois, écrasé par un ascenseur
La mémoire de Villennes·Lundi 18 février 2019·Temps de lecture estimé : 4 minutesPublic
Le Dr George Viau, propriétaire de la Villa de Beaulieu, nous était bien connu mais pas son prédécesseur, Jules Mathias, dont l’origine allemande supposée aurait conduit des Villennois de la fin du XIXe siècle à le qualifier d’espion.
Ce n’était, vraisemblablement, pas la réalité, son nom correspondant seulement à un prénom allemand. Cet homme qui possédait la propriété nommée alors Beaulieu-la-Tour, était un financier, un “homme d’affaires entreprenant”. Il était, également, collectionneur d’ œuvres d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, qu’il a léguées à la Ville de Paris.
Nous le connaissons, maintenant, grâce aux articles de journaux qui ont été publiés dans les jours qui ont suivi son décès, le 12 septembre 1908. La presse a relaté le caractère très tragique et les circonstances assez inhabituelles de l’accident dont il a été victime. C’est l’ascenseur de l’immeuble de son tailleur qui a tué ce vieillard de 70 ans ! Nous transcrivons l’un de ces articles et un autre publié, quelques mois après, sur les suites judiciaires de cet accident.

Le Petit Journal (13/9/1908) : Avenue de l'Opéra, un Parisien connu meurt tragiquement sous la cage d'un ascenseur

Une personnalité très connue dans le monde financier, M. Jules Mathias, est mort, hier, à Paris, broyé par un ascenseur. L'accident s'est produit dans un immeuble, 34, avenue de l'Opéra, où est installé, au troisième étage, le tailleur de M. Matthias. Vers trois heures et demie de l'après-midi, une dame, qui venait en visite dans la maison, voulut ouvrir la porte de la cage de l'ascenseur, au rez-de-chaussée, mais elle ne put y arriver. Après quelques efforts inutiles, la visiteuse alla prévenir le concierge qui, avec une clef spéciale, put faire jouer la porte, mais, lorsque celle-ci fut ouverte, le concierge et la dame, qui l'avait suivi, reculèrent, épouvantés. Sous l'ascenseur, arrivé à fin de course, ils aperçurent le corps d'un homme horriblement écrasé et paraissant mort depuis quelques instants. On courut chercher le commissaire de police, qui fit venir aussitôt les pompiers.

Ceux-ci dégagèrent difficilement le cadavre, qui était celui d'un vieillard de haute taille, ayant de gros favoris grisonnants. Dans ses poches, on trouva des papiers au nom de M. Jules Mathias, rentier, âgé de soixante-dix ans, demeurant à Paris, 53, avenue Montaigne. Cet état-civil est bien celui du mort, car on trouva sur lui une carte d'exposant délivré par le ministère du commerce, avec la photographie du titulaire. On ne sait comment expliquer l'accident. Tout porte à croire que M. Mathias, qui était souffrant et dont la vue avait considérablement baissé depuis quelque temps, aura voulu prendre l'ascenseur pour se faire monter jusqu'à l'étage de son tailleur. L'ascenseur descendait, probablement, et la porte s'étant ouverte,
M. Mathias, trompé par l'obscurité, sera tombé dans la cage de l'ascenseur et, quelques secondes après, il aura été broyé.

Personne, dans la maison, n'a entendu le moindre bruit et il est probable qu'en tombant la septuagénaire aura été étourdi, ce qui l'aura empêché de crier. A première vue, on n'a pu distinguer aucune blessure sur le corps du défunt, qui était terriblement pressé entre l'ascenseur et le sol. Seul un filet de sang, s’échappant de l’oreille gauche, laissait deviner que le malheureux avait eu le crâne fracturé.

Dans la soirée, le corps de M. Mathias a été ramené chez lui, 53, avenue Montaigne, où le juge de paix du huitième arrondissement, venait, d'ailleurs, de poser les scellés. Le défunt n'avait d'autres parents que des neveux et des nièces ; c'est l’un de ses neveux, M. B..., qui a été avisé, le premier, de l'accident. Très connu à la Bourse, où il s'était occupé de grosses questions financières, M. Jules Mathias avait une très grosse fortune. Chaque année, il allait à Aix-les-Bains, où il était réputé comme l'un des plus gros joueurs. Cette année, il n'était pas encore allé faire sa saison.

La Lanterne (14/3/1909) : L'ascenseur homicide

En septembre dernier, M. Jules Mathias, un riche rentier de soixante et onze ans, se rendant chez son tailleur, 34, avenue de l'Opéra, voulut prendre l'ascenseur. Celui-ci est situé dans un coin obscur du couloir. M. Mathias ouvrit la porte et s'avança ; mais l'ascenseur était en train de redescendre. M. Mathias tomba dans la cage où l'appareil l'écrasa. Hier après-midi, devant la huitième chambre du tribunal de police correctionnelle, ont comparu le propriétaire de l'immeuble, l'ingénieur et le mécanicien chargés par lui de l'entretien de l'appareil.Me Henry Bréal, au nom des héritiers de M. Mathias, a réclamé 100.000 francs de dommages-intérêts pour les distribuer aux pauvres. Mes Georges Claretie, Rachon et Colombel ont présenté la défense des prévenus. Le tribunal a renvoyé son jugement à huitaine.